XII. Prétention de la Russie, d'être garante du gouvernement
de Pologne.
Les puissances de l'Europe ayant toujours exercé entre elles le d roit du plus fort dans toute l'étendue de sa barba-
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rie, cherchent à couvrir leurs injustices et leurs violences de quelque apparence spécieuse; et à tous les commencements de guerre, on voit éclore des volumes de sophismes. Ceux qui furent alors imaginés doivent d'autant moins être passés ftous silence qu'ils ont eu dans la suite les conséquences les plus fatales.
Les deux empires réunis s'annoncèrent comme garants du gouvernement et des lois de la république . Il faut, pour expliquer cette prétention, remonter aux siècles précédents, où la noblesse de Pologne et celle de Hongrie s'étaient mutuellement garanti leur liberté. Ces deux nations, quelquefois gouvernées par un même roi, et toujours soigneuses de cultiver entre elles le bon voisinage, s'étaient, par leurs traités, donné réciproquement le droit de réclamer les secours Tune de l'autre contre tout ennemi étranger ou domestique, qui aurait entrepris de renverser leurs lois. Les vicissitudes des temps avaient tout changé. Le sceptre de Hongrie était passé entre les mains des empereurs autrichiens. Les Polonais, distraits par leurs dissensions civiles et leurs longues guerres, n'avaient pu secourir les Hongrois opprimés ; en un mot, les anciens traités étaient tombés dans un mutuel oubli. Mais la maison d'Autriche voulut en inférer, dans l'occasion actuelle, ce prétendu droit de veiller en Pologne à Texécution des lois, et d'exiger une nouvelle élection. Les Russes, recevant cet exemple de leurs alliés, voulurent aussi s'approprier une autorité semblable. Ils commencèrent à en chercher les fondements dans ce traité de paix conclu en 1717, entre Auguste II et ses sujets, sous la médiation et sous la garantie de Pierre P""; traité qui avait eu pour objet unique l'évacuation de la Pologne par les troupes saxonnes. La Russie prétendit en inférer ce droit nouveau de veiller sur toutes les affaires de la république. C'est une imitation absurde de l'autorité que la France et la Suède, après avoir
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rétabli la liberté de rAUemagoe, peuvent y exercer, comme garantes des traités de Westphalie; garantie légitime, et qui est d'accord avec tous les principes du droit public de T Europe, parce que les différents États qui composent Tempire germanique, indépendants les uns des autres, peuvent faire la guerre ou la paix, et s'allier avec les puissances étrangères. Mais s'arroger une autorité pareille dans Tintérieur d'une république, c'est renverser le droit des nations ; et ce système d'oppression ne peut avoir pour fondement que cette maxime des barbares : « Malheuf* atuc vaincus! » Cette prétention tyrannique que la Russie devait soutenir de nos jours par tant de violences pour forcer les Polonais eux-mêmes d'y donner un consentement formel, naissait 4ans le même temps où ces républicains avaient résolu de prévenir toute ligue, toute liaison de leurs sujets avec les puissances étrangères. Des sentiments si opposés, dont le choc devait allumer un si vaste incendie, se produisaient alors pour la première fois dans ces deux États, comme si l'un eût senti sa force au moment où l'autre commençait à sentir sa faiblesse.