XXVIII. Histoire de la maison Czarloryshi
La maison Czartoryski est une branche collatérale de celle des Jagellons, éteinte en 1 572 , qui , possédant aiJK trefois par droit d'héritage le grand'-duehé de Lithuanie , montèrent sur le trône de Polpgoe^ et le possédèrent pendant deux siècles par des élections toujours libres , en reconnaissance de ce qu'ils avaient uni ces deux États. La branche des Czartoryski, quoique souvent illustrée par les premières dignités de la république , avait peu de biens héréditaires, et resta longtemps dans une médiocrité de fortune qui ne lui permettait dans son ambition aucun système suivi. Mais, au commencement de ce siècle, une femme aimable lui donna plus d'éclat qu'une foule d'hommes ha^biles n'avaient fait par leur politique ; elle joignait l'esprit le plus cultivé aux grâces naturelles, et le désir de plaire lui servait à cacher la plus haute ambition. Dans ses premières années elle avait suivi en France son père, le grand chancelier Morstin; elle y avait été. élevée, dans un temps où cette cour était si florissante par les succès de Louis XIV, les talents de ses ministres, l'esprit de ses courtisans et les prodiges de tous les arts qui immortalisent son règne. Cette femme , dont les manières étaient séduisantes et les mœur^ faciles, ayant épousé un prince Czartoryski (Kasimir), porta dans sa maison à Varsovie le ton des plus agréables sociétés françaises ; sa politesse devint le charme et le modèle de cette cour. Elle fut la première qui, abandonnant cette sage réserve que les dames polonaises avaient eue jusque-là dans leurs mœurs , et prenant pour exemple les dames françaises, se mêla comme celles-ci par la galanterie, la séduction et Tintrigae, dans tous les mouvements de la cour et dans les plus grandes affaires de l'État. Elle ras-
144 BÉVOLUTIONS DE POLOGNE.
semblait chez elles les ministres les plus graves et les courtisans les plus spirituels. Dans cette société et sous les yeux de cette femme ambitieuse se formèrent trois enfants égalements célèbres. L'un (Michel ), que son génie destinait aux affaires, y fut instruit par le vieux Flemmîng, ministre éprouvé par toutes les vicissitudes de la fortune d'Auguste II. L'autre (Auguste), simple capitaine au service d'Autriche, n'ayant pour lui que la grandeur de sa naissance, sa jeunesse et une sorte de faveur pubh'que, osa prétendre à la plus riche héritière de Pologne ; c'était une jeune veuve que d'illustres rivaux se disputaient. On se souvient encore en Pologne que ïe plus jaloux d'entre eux, abusant de sa richesse pour humilier Czartoryski, se faisait escorter chez leur maîtresse commune par une foule de valets vêtus chaque jour comme le prince l'était ce jour même. Celuici, dans un duel, ôta l'honneur à cet homme superbe, et lui laissa la vie. Ses qualités personnelles l'emportèrent sur le faste de ses rivaux, et le concours de beaucoup d'amis lui facilita les occasions qui mirent enfin cette jeune veuve dans la nécessité de l'épouser. Ce mariage ayant donné à cette famille l'éclat des richesses, le seul qui lui manquât, elle ne vit plus dès lors rien au-dessus de son ambition.