‹ Révolutions de Pologne (volume 2)Chapitre 92 sur 154 · XL. Entrée des Russes en Pologne · texte numérisé non relu

XL. Entrée des Russes en Pologne

Cependant Elisabeth refusait constamment de prendre part à la guerre ; elle savait que le repos était nécessaire à ses États dépeuplés : sa douceur, sa timidité , ses scrupules lui tenaient lieu d'une sage politique. Elle frémissait en songeant que d*une seule signature elle pouvait faire couler des flots de sang humain; chaque fois que ces tristes délibérations étaient agitées dans son conseil, elle n'en sortait que pour aller gémir au fond de son oratoire. 11 fottut , pour vaincre sa longue résis^^ nce, employer tous ces artifices si connus dans les cours, combattre une faiblesse par une autre faiblesse , lui persuader que sa beauté , et même toute sa personne avaient été le sujet des railleries outrageantes du roi de Prusse , et opposer ainsi une vanité de femme à sa douceur naturelle et à ses terreurs superstitieuses. Son ministre Bestucheff , vendu aux Anglais, lui avait inspiré , pour l'engager peu à peu dans cette guerre , le dessein d'affermir la paix ; il lui faisait croire que la seule présence de ses troupes sur les frontières, sans rien coûter à son empire, puisqu'elles seraient payées par des subsides étrangers , suffirait pour contenir le roi de Prusse, et que ce moyen sûr, disait-il, de prévenir les hostilités , satisferait son amour pour la paix , et tout ensemble ses justes ressentiments contre ce prince. ïjes Russes s'étaient donc avancés en Livonie. Mais l'Angleterre ayant tout à coup changé d'allié, l'armée russe, ainsi rassemblée, se trouvait par cet événement inattendu , frustrée de subsides ; et la tzarine se croyait jouée. Il restait

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une difficulté à vaincre ; c^était de Êiire passer aux Russes les mêmes subsides que la France avait oiïerts aux Polonais. Mais un nouveau ministre conduisait les affaires de ce royaume. 11 devait au changement subit de toutes les alliances son élévation rapide, et peut-être encore Tespérance d'une plus haute fortune. Il apportait dans les liaisons que sa cour prenait avec rAutriche , et par rAutriche avec la Russie , cet empressement , cette facilité de condescendance et cette générosité inconsidérée qui de tout temps ont caraetérisé la nation française. Ou prétend que le comte de Brulh s'était emparé d'un premier rôle dans cette nouvelle intrigue , et que jamais on n'employa plus d'esprit et d'adresse qu'il n'en mit dans ces déplorables manoeuvres. Quoi qu'il en soit, Elisabeth, gouvernée à la fois par ses amants, ses ministres et son confesseur, se laissa if)a|gré elle entraîner à leurs volontés. Elle pleura en signant les premiers ordres adressés à ses généraux. Mais par ces ordres mêmes, cent mille Russes , destinés à combattre les Prussiens , s'avancèrent en Pologne pour en traverser les plus belles provinces, sans en avoir fait aucune réquisition à la république; sorte d'outrage que ressentaient vivement tous les bons citoyens, et dont ils prévoyaient les conséquences terribles.

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