XXXIX. Auguste fuit de Saxe en Pologne
L'administration du comte Brulh avait surtout contribué à cette malheureuse destinée. Brulh , après avoir ruiné eo Saxe les finances de son maître, n'avait point eu d'autre ressource , pour conserver le luxe de la cour, que de réformer la moitié de l'armée. La Saxe était sans défense, et au seul bruit d'une invasion, Auguste se vit forcé à fuir de sa capitale. Nous aurons achevé la peinture de celte cour, si nous ajoutons qu'en fuyant on prit soin de sauver les tableaux et les porcelaines, et qu'on oublia les archives de l'électorat, qui par cette négligence tombèrent entre les mains du vain* queur. Aussitôt qu'Auguste fugitif eut pris son royaume
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pout asile, les deux factions rivales montrèrent un égal ressentiment des outrages faits à leur roi, et lui proposèrent à Fenvi Tune de l'autre cent mille Polonais pour la délivrance de la Saxe. Chacune d'elles voulait se saisir la première de ce prétexte honorable pour confédérer la république ; chacune d'elles se pressa de solliciter celle des deux cours jusqu'alors ennemies d'où elle attendait sa destinée ; et bientôt, alarmées de l'irrésolution qu'elles trouvèrent également dans ces deux cours, elles envoyèrent à la hâte leurs plus habiles négociateurs, l'une à Versailles, l'autre à Pétersbourg. Ces émissaires y représentaient avec la même force les dangers auxquels la Pologne allait se voir exposée, si elle restait ^ule désarmée au milieu de l'Europe en armes. Mais Brulh tremblait que la nation ne se rassemblât sous l'autorité de l'un ou de l'autre parti. Il regardait l'anarchie actuelle comme }e plus bel ouvrage de sa politique. Il l'entretenait par le facile talent d'aigrir les haines et d'augmenter les divisions. Il se promettait que tôt ou tard elle ferait tomber entre les mains de son maître le pouvoir absolu. Dans la crainte que les deux cours ne se conciliassent pour favoriser l'un ou l'autre parti, il prenait soin d'y décrier également tous les Polonais^ Il faisait valoir contre eux cette longue suite de dissensions^ aecrues par lai-méme, et qu'il travaillait à ^ndre irrémédiables. Tontes ses négociations tendirent à finre également rejeter leurs offres. Il ne sollicitait, pour la délivrance de la Saxe, que le secours d'une armée russe. Le passage de cent mille Moskovites au travers de la Pologne désarmée, leur long séjour dans un pays que son imprudente politique diereliait à laisser sans défense, la guerre que le roi de Prusse pouvait y porter, soit à leur reneontre, soit à leur poursuite, rien n'effraya la prévoyance de ce ministre. Le seul péril qu'il parât redou-
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ter, c'était de voir les Polonais en armes : les zélés citoyens étaient à ses yeux les plus dangereux ennemis.