II. Le duché de Kourlande donné au prince Charles de Saxe
Les princes de la maison de Saxe profitant de la compassion que la ruine d'une maison souveraine inspire toujours dans les pays soumis à une autorité semblable, chercliaient alors à former des établissements dans les différentes cours alliées, en France, en Autriche, en Russie. Le prince Charles, troisième fils du roi de Pologne, d'une figure agréable et d'un esprit complaisant et souple, avait captivé plus par*
f74 RÉSOLUT rOXS DE POIOGWE-
ticulièrement la faveur du roi son père ; et, par une suite de cette prédileetion, il fut destiné à servir dans les armées Russes, et a cultiver la bienveillance de cette cour, d'où le rot attendait plus de protection. Sur la route de Varsovie à Péter^ourg, il s'arrêta quelque temps à Mittau, capitale de Kourlande, et prit soin de s'y faire aimer. Bientôt il parvint à plaire à l'impératrice Elisabeth ; il acheta le suffrage de la plus grande partie du ministère russe; et à peine eut-il séjourné quelques semaines à Pétersbourg^ que l'impératrice annonça par une déclaration publique que nt Biren, ni ses enfants ne seraient jamais rappelés d'exil, et sur la foi de cette promesse, elle demanda au roi de Pologne d'accorder à ce jeune prince le duché de Kouriande.
IIF. État de la cour de Htissie.
Mais au temps où le prince Charles parut à la cour de Russie, et sut y acquérir tant de faveur, il s'y trouva environné des plus dangereux écueils. La situation de cette cour était alors singulièrement remarquable. L'inéyitable destinée de tous les ministres Russes était prête à fondre sur la tête du vieux chancelier Bestucheff. Son crédit, soutenu pendant dix-sept années, malgré la haine personnelle de l'impératrice, touchait enfin à son terme. Le cours ordinaire des affaires était déjà sorti de ses mains, par l'effet du nouveau système d'alliance tramé à son insu. Ce vieux ministre, se voyant ainsi joué, exécutait en silence des résolutions qu'il désapprouvait, méditait des desseins violents pour prévenir sa ruine, et toujours prêt à trahir sa souveraine, se liait de plus en plus aux intérêts et aux intrigues des jeunes héritiers de l'empire, absolument opposés aux alliances et aux vues du gouvernement actuel.
LIVEE IV. 176
Le jeune grand^duc de Russie, sans figure, sans esprit, sans courage , et dont cependant Timagination s'était enivrée d'une folle passion pour Thérolsme, avait pris des liaisons secrètes avec le roi de Prusse. 11 voyait avec chagrin le prince de Saxe solliciter avec succès des secours contre ce roi ; et toujours plein de forfanterie et d'une sorte de manie militaire, il marquait publiquement son dédain pour les manières plus douces auxquelles la popularité républicaine et le soin de plaire dans une cour polie avaient accoutumé ce jeune prince. Une passion diflérente donnait à la grande-duchesse, son épouse, des sentiments presque semblables. Elle avait pris des liaisons tout à la fois intimes et publiques avec un jeune Polonais, émissaire secret des princes Czartoryski, et neveu de ces princes. Cette famille, alarmée du peu d'appui qu'elle trouvait à la cour d'Elisabeth et de la faveur éclatante, dont y jouissait alors la maison de Saxe, avait saisi une occasion singulière d'y entretenir cet agent. Une aventure galante donnait à cette mission un succès qui passait leurs espérances ; et pendant que rimprudente politique de la maison de Saxe augmentait en Pologne l'influence des Russes, ses adversaires avaient déjà la certitude que cette influence servirait un jour à leur propre élévation.