X. La cour se résout à convoquer une diète
Le roi, menacé de perdre la couronne, montrait cependant plus de fermeté qu'on n'en aurait attendu de sou caractère , soit que cette confiance présomptueuse qu'il avait toujours eue en sa destinée lui donnât cette inconcevable sécurité, soit plutôt qu'étant résolu de céder à toutes les volontés de la tzarine, il f(!it secrètement rassuré sur les intentions de cette princesse, par les correspondances vénales qu'il entretenait autour d'elle. Mais cette sécurité inspirait quelque déûance. On commençait à croire que sa résistance aux projets de la Russie n'avait été que feinte ; que toute sa fermeté n'avait jamais été qu'un masque dont il s^était couvert pour en imposer à sa nation , et qu'aussitôt que la violence serait portée au comble , il quitterait l'artifice, et tiendrait, sous le prétexte de céder à la force, les promesses qu'il avait faites pour obtenir le trône : beaucoup de gens le soupçonnent encore d'avoir joué ce détestable rôle. Mais tout ce que nous avons raconté a suffisamment réfuté cette erreur. Le sénat rassemblé, au jour que ce prince avait indiqué, se trouva peu nombreux, parce que la plupart des sénateurs dédaignèrent de s'y rendre sur son invitation. Après de longues délibérations, le ministère se rendit en corps chez le prince Kepnin, pour l'informer que, suivant les intentions de l'impératrice et du roi de Prusse, et conformément à un conseil du sénat, le roi convoquerait une diète extraordinaire, et que l'époque en était déjà fixée au cinq du mois d'octobre prochain. On l'assura que, de la part du sénat et du roi, les concessions que sollicitaient les dissidents, et le rétablissement du prince Radzivill n'éprouveraient aucune difficulté ; et on le pria de prévenir tous les genres
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de désordres que faisait craindre le soulèvement de la nation. Repnin parut flatté de cette démarche*, et ût espérer que cette condescendance inspirerait à la tzarine de& dispoitions plus favorables pour le roi et le ministère.
XL Dispositions des provinces.
Cependant en moins de huit jours, plus de soixante mille gentilshommes eurent donné aux mécontents leur parole et leur signature. Repnin porta au roi toutes les listes qu'il avait reçues des provinces ; et en les lui montrant, il lui dit : « Vous voyez bien que je suis votre maître ; votre couronne ne tient plus qu'à votre soumission ». Mais cet empressement avec lequel toutes les provinces avaient promis de se joindre à cette confédération des mécontents se changea en étonnement et en défiance, à la seule lecture du manifeste envoyé de Varsovie. La prétendue demande qu'on y faisait à l'impératrice de garantir les lois auxquelles on allait travailler fut démentie par une réclamation unanime. On sentit avec indignation que l'empire de Russie voulait ériger en droit formel cette garantie, affectée en toute occasion; que la nation elle-même eût paru lui déférer ce droit; que le souverain de Russie, devenu l'interprète des nouvelles lois , resterait toujours maître de les ployer à ses vues ; et que, par cette demande insensée, la Pologne eut renoncé elle- même à son indépendance et à sa propre législation. Quoique toute la noblesse eût promis de souscrire aux confédérations, la France écarta le plus grand nombre des assemblées où elles se formè-^ rent; et presque dans tout le royaume ceux qui s'y rendirent n'hésitèrent point à rejeter le manifeste envoyé de Var'^ sovie.
202 BFVOLUTIONS DE POLOGNIÇ.
Xl\. Retour de Radsimli.
Les Lithuaniens furent les seuls qui, dans la joie immodérée que leur inspira le retour du prince Radzivill, ne se permirent aucim examen. Ce prince, après avoir reçu à Dresde les invitations les plus pressantes et les lettres les plus positives, écrites au nom même de l'impératrice, partit enfin de cette v^le. Il prit d'abord un. long détour pour éviter le territoire polonais , parce qu'il était encore sous une condamnation prononcée par un décret juridique ; il se rendit à Dantzick» où il était attendu par une escorte de Kosaks russes; il en repartit aussitôt sous cette es-«^ corte, dans la compagnie du colonel Karr, dont la fonction^ couverte du prétexte de l'accompagner par honneur, fut désormais de le garder à vue. Partout Radzivill sur son passage trouva les marques de la fureur avec laquelle on l'avait poursuivi ; ses terres dévastées , ses châteaux ruinés : ces lieux dans lesquels une longue paix avait précédemment en-tassé tant de richesses ne pouvaient aujourd'hui, par le manque des meubles les plus nécessaires , lui douner com-modément l'abri d'une seule nuit. Mais l'accueil qu'il reçut en Lithuanie, aurait suffi pour le consoler de ses pertes et de ses malheurs. A son arrivée à Vilno, le 3 de juin, le clergé, la noblesse, les magistrats, tout le peuple en foule accoururent au devant de lui. Il entra dans cette capitale accompagné de deux mille gentilshommes^ aux acclamations de toute la ville, au son des cloches; et ce qui rendait cette révolution plus étonnante , au bruit du canon des Russes ; il avait sur tous ses habillements, sur sou armure, sur les housses même de son cheval, une profusion de diamants qu'il avait emportés comme la ressource de son exil , et qui devenaient