‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 105 sur 184 · XIV. Conduite du grand-général BraniçkL · texte numérisé non relu

XIV. Conduite du grand-général BraniçkL

Vingt-quatre heures après son arrivée à Vilno , où son rétablissement dans sa patrie lui tint lieu de repos , il partit pour Bialystok ; il y fut reçu du grand-général comte Braniçki , avec la tendresse d'un père et les honneurs qu'un souverain rendrait à un autre souverain ; des larmes d'attendrissement et de joie coulèrent de tous les yeux à l'entrevue de ces deux illustres défenseurs de la lil)erté , dont les malheurs avaient été communs. Braniçki ^ ce vertueux vieillard dont les conseils avaient , depuis quelques années, conduit la jeunesse de Radzivill, et qui l'avait engagé à vouer au service de la patrie toutes ses richesses et toutes ses forces, n'avait point eu pendant les infortunes de ce jeune prince , plus cruelles et plus longues que les siennes, d'autre consolation que de songer à leur motif. Son vœu le plus ardent était de voir, avant de mourir, une conGance si généreuse obtenir le prix qu'elle méritait, et Radzivill rendu avec honneur à ses concitoyens. Braniçki n'osait se fier à l'étrange révolution dont il était témoin. Plus de quatre-vingts années lui avaient trop appris à se défier de toutes

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ies perfidies dés Russes. Sollicité, niatgré son extrême vieillesse, d'accéder à cette Iconfédération , il hésitait; il prêta cependant toute la faveur de son nom aux honneurs qu'on rendait à Radzivill. Deux mille gentilshommes , dont les terres étaient voisines de Bialystok , se rendirent dans la capitale de ce district; ils y firent une confédération, dont Radzivill fut élu maréchal. Tous deux en partirent aussitôt, Radzivill pour Radom , le rendez^vous général des confédérations , et Brani^ki pour s'approcher de Varsovie avec une escorte nombreuse et fidèle ; mais toujours plein de méfiance contre les ennemis naturels de sa patrie, il s'arrêta dans un château à quelque distance. Repuin le sollicitait de venir dans cette capitale ; il voulait, disait-il^ se concerter avec lui sur les opérations ultérieures de la république. Il employait toutes sortes de ruses pour l'attirer et le tenir en sa puissance ; mais Braniçki attendait que les premiers événements eussent jeté quelque lumière sur la profonde obscurité de cette intrigue; il se tenait à portée de prêter à la révolution annoncée comme certaine , tout l'appui de cette grande considération personnelle dont il jouissait , ou si ses compatriotes avaient eu le malheur de s'être laissé engager dans un piège, de s'en éloigner et de ne point ternir au dernier terme de sa vieillesse, par une fatale imprudence, cet éclat attaché à son nom et le lustre de sa vie entière.

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