LIVRE IX. 2S
vertueux citoyens. I.es outrages et l'oppression dont \\ continua d'être témoin lui donnèrent même plus d'indignation et d'impatience que n'en pouvait concevoir l'évêque de Kamienieç absent et fugitif. Il pensa que le caractère timide de ce prélat le {)ortait naturellement à temporiser ; que la sortie des troupes russes hors du royaume, événement que celui-ci voulait attendre, était trop incertaine ; qu'en l'attendant, toutes les terres de la noblesse ne cesseraient point d'être ravagées, et que le royaume, ruiné et dévasté, ne pourrait bientôt j)lus entretenir ses défenseurs. Il pensa qu'on n'avait pas besoin de former d'avance une confédération secrète, un concert unanime pour faire éclater un sentiment qui était le même dans tous les cœurs. Une opinion de jurisconsulte lui fit craindre que la diète prête à se rassembler ce confirmât les nouvelles lois ; qu'on ne déclarât, en les promulguant, ennemi de la patrie quiconque ne s'y soumettrait pas, et que ces lois ayant ainsi reçu une dernière sanction, il ne fût plus temps de réclamer contre elles. Il forma donc le dessein de prendre aussitôt les armes contre la tyrannie russe. Il communiqua ce dessein à plusieurs grands à Varsovie. Quelques-uns tremblèrent à la seule confidence, se refusèrent a toute espèce d'engagement, mais furent fidèles au secret. D'autres lui confièrent des sommes d'argent assez considérables, des billets de crédit sur les administrateurs de leurs biens, et des ordres pour leurs troupes domestiques. Plusieurs consentirent à signer ce billet que . les Turks avaient demandé à l'évêque de Kamienieç et, qui devait servir de caution pour le prêt de cent mille ducats que les ministres ottomans avaient offert à la république. Sa première intention fut de justifier en quelque sorte la nation polonaise des malheurs que la confédération de Radom venait de causer à la patrie ; de renouveler cette confédération avec les mêmes maréchaux, les mêmes députés, mais
dans un lieu libre et loin des troupes étrangères, de manière qu'elle pût produire ses véritables sentiments. Toutefois^ si ce dessein ne pouvait avoir lieu, si les Russes étendaient leur vigilance sur tous ceux des maréchaux qui étaient encore entre leurs mains, il était résolu à forn\pr alors une confédération nouvelle, quel que fût le péril qui la menaçât, et dût la nation laver dans les flots de son sang Foutrage qu'elle venait d'essuyer.
II ï. Caractère de Krasinski.
Il fallait faire choix pour l'exécution de ce projet d'un homme dont le nom fût assez grand pour être à la tête d'une pareille entreprise, d'un citoyen assez zélé pour risquer sa fortune, sa vie, le sort de sa famille, et ne prendre cependant en main qu'une autorité conditionnelle qu'il pût garder avec honneur, si la nouvelle confédération se formait par elle-même, et qu'il consentît à résigner entre les mains de Radzivill, si le premier projet pouvait se réaliser. Ce choix était difficile dans une nation où tous les nobles sont égaux par le droit de leur naissance, et où l'intérêt personnel était en quelque sorte la base du gouvernement . Le frère de l'évêque de Ramienieç parut à Pulaski l'homme qu'il cherchait, brave et honnête citoyen, d'une fortuDe médiocre, déjà connu par des preuves de courage, incapable de conduire une si grande entreprise, mais incapable de la trahir ou de l'abandonner ; simple et crédule, mais généreux, ne songeant qu'à la patrie, et toujours prêt par un si noble motif à sacriGer son opinion, son intérêt, et à s'oublier lui-même. Pendant le dernier interrègne il avait levé une troupe de cinquante cavaliers, effort qui passait sa fortune, et il avait suivi jusqu'à la dernière extrémité la j^*