V. Premier effet de cette nouvelle dans le royaume
Le bruit de ces mouvements se répandit avec une incroyable rapidité dans tout le royaume, et la renommée les représentait comme une révolution soudaine. La seule hardiesse de Tentreprise la faisait juger plus considérable qu'elle ne Tétait. On parlait de l'appui de la France, de mouvements des Tatars, de magasins d'armes amassées depuis longtemps, de grandes sommes d'argent apportées par des inconnus. Le merveilleux et la politique se trouvaient associés dans ces rumeurs. L'avidité avec laquelle on les écoutait, le plaisir qu'on prenait à les répandre, faisaient penser que cet incendie gagnerait plus loin, et Ton s'applaudissait que le signal fût donné pour sauver la religion, la liberté, les lois, et secouer enfin ce joug qu'on avait vu si près d'être imposé.
A cette nouvelle, les généraux russes ne cachèrent plus qu'ils n'avaient aucun ordre de combattre les Polonais. Officiers et soldats préféraient leurs pillages tranquilles à la nécessité de commencer une guerre. Tout ce que Repnin avait excité de haine contre lui dans les troupes russes ellesmêmes éclata à cette occasion',; et plusieurs officiers partant pourMoskou annoncèrent l'intention où ils étaient de rendre à leur souveraine un compte fidèle de l'état de la Pologne et du mécontentement général. La faveur publique pour les confédérés était si grande, que Zamoyski, sur la seule réputation de sa vertu, passa dans toute la Pologne pour être chef secret de cette entreprise. Mais de la campagne où il était il revint dans la capitale pour faire tomber ce bruit par sa pré-
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sence. Les correspondances des confédérés s'étendirent bientôt jusque dans celte ville ; et à peine y fut-il arrivé , qu'il reçut au nom de plusieurs d'entre eux la proposition de se mettre à leur tête. Cette proposition ne fut ni acceptée ni refusée. 11 demanda quels moyens ils avaient , quelle ressource ils s'étaient ménagée. Ce fut la question unanime; et bientôt, quand on sut la témérité de leur entreprise, de cette lueur d'espérance, on retomba dans la consternation.
II n'y avait dans aucune province , aucune mesure prise pour les soutenir. I^ plus grande partie de la noblesse était sans armes ; tout le pays était occupé par une armée ennemie. Tant de bons citoyens et d'hommes sages qui avaient passé leur vie entière dans d'inutiles délibérations pour sauver la patrie , tremblèrent qu'une entreprise si généreuse ne devint infructueuse pour l'État, ou même qu'elle n'en précipitât la ruine. A cette crainte générale se joignirent bientôt les plaintes de quelques seigneurs courtisans et propriétaires de terres dans les contrées où la confédération venait d'éclater. Ils s'efforcèrent de peindre comme des brigands, ces hommes audacieux qui, manquant de tout, sans argent, sans munitions, sans armes, s'étaient eux-mêmes, par des incursions heureuses sur quelques terres voisines, créé une armée qu'ils offraient maintenant à leurs concitoyens, pour délivrer la république. D'autres, en paraissant applaudira leurs intentions, décriaient leur conduite. Si cette confédération, disaient- ils, eut éclaté après la retraite des Busses, elle fût aisément devenue générale. Toute la Pologne s'y serait jointe. Le premier acte eût été de déclarer le trône vacant. Si du moins ceux qui l 'ont formée avec une précipitation si imprudente, eussent mis moins de violence dans leur conduite, on se fût prêté à l eur envoyer secrètement des secours, en attendant l'occasion d'embrasser ouvertement leur parti. Ainsi parlaient tous