‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 140 sur 184 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

de toute manière, et même par la force, cette garantie, puisqu'elle mettait un État souverain sous le joug d'une puissance étrangère.

Les gentilshommes de cette province sont forcés, par les perpétuelles incursions des brigands qui désolent cette frontière et se réfugient dans les îles du Borysthène, d'entretenir des troupes pour la garde de leurs châteaux. Les huit confédérés ayant formé un corps de trois cents soldats^ dont une moitié avait été 'amenée des terres de Pulaski , et le reste avait été levé par le comte Krasinski, allèrent enlever les troupes de tous les gentilshommes voisins, qui faisaient à dessein peu de résistance, et dont les pkis entre-> prenants se joignirent à eux. Ils enlevèrent les garnisons des petites places, les corps attachés aux majorats-ordinaties d'Ostrog et Myszkowski, et ils formèrent bientôt une petite armée. Ils avaient acheté du kan des Tatars, pourune somme considérable, la permission d'enrôler des Tatars dans les hordes voisines ; et pour donner plus de réputation à leur entreprise, ils publiaient que le kan lui-même devait . les soutenir, et qu'un corps de vingt mille hommes était déjà dans le distict de Buczacz, prêt à les joindre.

Il y a dans ces contrées un monastère célèbre par les miracles qui s'y opéraient autrefois, et par les richesses que la piété de plusieurs siècles y a consacrées. Des brigands de toutes religions ayant toujours infesté ces provinces limitrophes aux Kosaks, aux Tatars et aux Turks , on a environné ce lieu de fortilications pour n'en pas laisser la sainteté exposée aux profanations et le trésor public au pillage. L'affluence des pèlerins et la sûreté de cet asile ont également contribué à former dans son enceinte une ville qui se nomme Berdyczew. C'est aussi le nom du monastère. Le couvent, la forteresse et la ville se donnèrent aux confédérés. A tous les motifs que la religion pouvait suggérer aux

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moines pour leur faire embrasser la cause des confédérés , il se joignait un mécontentement particulier contre les nouvelles constitutions; elles avaient beaucoup retardé rage des vœux monastiques , et menaçaient ainsi les ordres religieux d'une entière destruction. Un moine renommé dans ces cantons sous le nom du père Marc, homme de quarante-cinq ans, dont les mœurs avaient toujours été austères, imagination échauffée, et qui jouissait d'une grande réputation de sainteté, sortit de son cloître sous Fescorte d'une troupe de dévots; croix, bannières et chapelets à la main. Il parcourut les campagnes pour y prêcher cette confédération comme une croisade. Il vint s*établir a Bar , et tous ceux qui.se confédcraient. allaient y recevoir sa bénédiction.

Il est vraisemblable que si la confédération eût éclaté plus tard, révéque de Kamienieç, revenu en Pologne après la retraite de la plus grande partie des Russes , eût commencé par s'assurer de la forteresse même de Kamienieç ; mais le premier malheur de cet éclat imprudent fut que cette forteresse importante demeura fermée aux confédérés. Ce fut même le gouverneur de cette ville qui le premier envoya au roi la nouvelle de ces mouvements . Plusieurs compagnies polonaises composées de gentilshommes, reçurent ordre de chercher à les dissiper; mais elles n'arrivèrent, que pour se joindre aux confédérés. La confédération, déjà composée de huit mille hommes, commença dès-lors à parler avecautorité. Elle publia des universeaux pour convoquer la noblesse du royaume, appeler les troupes nationales, les milices du pays et des seigneurs, imposer sur toutes les terres un nombre de soldats, annoncer comme autrefois dans les grands périls de la république, un arrière-ban général pour combattre les dissidents, se délivrer de l'oppression des Russes, et recouvrer les droits de la nation. Elle nomma des députés pour la

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