LIVRE IX
« ressentiment ! ) mir^t en fuite le tzar et ses armées ; que « peu d'années après, quelques-uns de nos pères^ appelés « dans cette cour perfide, y soutinrent tous les efforts de « ce peuple entier mutiné contre eux, et n'en sortirent « qu'après avoir réduit cette capitale en cendres. Il ne faut tt pas toutefois qu'un vain souvenir de gloire nous abuse ; « et nous dissimuler, eu commençant une si généreuse entrea prise, les avantages que les troupes moskovites ont à pré- « sent sur nous. Des ofOciers expérimentés, des soldats a aguerris, une discipline sévère, une artillerie nombreuse, « voilà, direz- vous, une supériorité etTrayante. Non, mes « braves compatriotes ; vous ne le direz pas ! Vous sentez « en vous-mêmes de plus grands avantages : le courage per- « sonnel, Thonneur^ dont le nom même leur est inconnu, « toutes les vertus auxquelles la discipline tâche en vain de « suppléer. Un seul homme, maître de cette nation barbare, « lui a donné quelque célébrité ; et dans cette discipline ri- « goureusequi consiste à craindre ses ofGciers plus que ses « ennemis, c'est te génie terrible de cet ancien despote qui « vit encore parmi eux pour s'éteindre a leurs premiers « revers. Aucun de ces Russes ne sait ce qu'il veut de nous ; « ils exécutent de vains projets tramés dans les alcôves et « dans les bains de cette femme parricide et voluptueuse qui « les gouverne ; animaux dociles et féroces, qui, sans en « espérer aucun avantage particulier, vainqueurs ou vaincus, « n'agissent que par la crainte du fouet et des châtiments. « Pour nous, tous frères et tous égaux, nous que la patrie « appelle également à sa délivrance, tout ce que nous dé- « fendons nous est commun, et tout nous est personnel.
« Nous commençons sans doute une pénible carrière, el A ces premiers combats où nous nous engageons ne sont « que le prélude de nos travaux. Ce serait même une erreur « fatale que de nous attendre à trouver nos sentiments dans
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«« tous nos compatriotes. Cliez les nations les plus vertueu- « ses^ il se trouva toujours des âmes lâches qui en furent « l'opprobre. Dans les temps immc^rtelsde la Grèce, le pas- « sage des Tliermopytes ne fut ouvert que par ïa trahison. « Plus de la moitié des Grecs avait déjà cédé, quand « quelques hommes généreux prirent la résolution de dé- « fendre leur liberté. Nous qui aspirons à la même gloire, »< attendons-nous au-:x mêmes obstacles, ou plutôt félicici tons-nous de ce que les âmes lâches se joindront à nos « ennemis, de ce qu'elles se rendront à elle-mêmes la jus- « tice sévère de se séparer d'avec nous. D'autres, qui se « croient de zélés citoyens, nous font demander en grand « secret que disent nos aHiés, quels secours nous ont-ils « promis, que devons-nous attendre de telle cour ou de telle « autre? Comme si nous étions encore au temps de ces déli- « bérations craintives, comme si la siKiation où nous som- « mes nous laissait encore h choix des partes et les négo- « dations pour ressource T Le dessein de nous subjuguer « étant pris, les combats sont devenus nécessaires. C& et siècle heureux est passé, où la Polx)gne se trouvant liée « au système général de l'Kurope, si quelque puissance eût <c entrepris de nous conquérir, nous étions assurés d'un sea cours étranger. Pendant que, sur h foi des événements « anciens et d'une balance gui n'existe plus, la Pologne « continuait d'attendre son salut du dehors, le joug de la « Russie s'est appesanti de jour en jour ; et désormais que » peut importer à notre situation celle du reste de l'uni* «- vers? Avons-nous besoin de seeours ou de conseil pour « savoir si nous voulons vivre libres ou mourir? Mais « quel que soit le nombre des eitoyens corrompus ou timi-
* des, la Pologne compte encore assez d© citoyens coura-
• geux pour être assurée de sa délivrance. Braves confédé- « rés, c'est au nom de toutes les provinces que je suis
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« chargé de vous donner cette assurance. Une nombreuse* « noblesse propre aux armes et prodigieusement augmentée- « dans la tranquillité des derniers règnes est prête à vous « joindre ; si nous avons Theureux avantage de nous être «. les premiers choisis pous ses défenseurs, c^est parce que A nous étions plus éloignés de Tœil vigilant des tyrans qui- « la tiennent désarmée : encore dispersée, elle attend avec- <t une généreuse impatience que nous allions prêter la main « à ses premiers efforts. Le premier objet que nous ayons « à nous proposer, c'est d'appuyer partout ses confédérations * particulières ; c'est de faire éclater tous les districts de « proche en proche : et ceux qui se seront confédérés pré-- « tant ensuite la main a ceux de leur voisinage pour leur « réunion, nous parviendrons ainsi à confédérer tout le « royaume. Ce n'est donc point un désespoir aveugle qui «t nous conduit, c'est une résolution ferme, une espérance « fondée, un juste sentiment de ce que nous sommes. 11 « doit laisser à la prudence toutes ses précautions et toutes^ « ses vues. Commençons une guerre où tous les avantages « des Russes, leurs magasins,, leur artillerie, leur nombreuse • o armée, leur sévère discipline deviennent pour eux autant « d'embarras, autant d'obstacles ; combattons assez pour les « faire souvenir de leurs anciennes défaites ; dispersons-nouS: « assez tôt pour éluder tous ces prétendus avantages, et qu'en « marchant ainsi de fausses victoires en fausses victoires, af-^ « faiblis, épuisés et détruits, ils retrouvent partout la même « guerre et partout les mêmes ennemis. Dois-je avant de « finir, prévenir encore vos esprits sur les pièges qu'ils vont « vous tendre, sur la mauvaise foi des accommodements. « qu'ils vont vous offrir? Laissez-moi vous rappeler que leurs « propositions sont plus à craindre pour nousquc leurs atta- « qucs. Plus de traité entre eux et nous. Après que^ sous « l'espoir de rétablir les anciennes lois, la nation a été se-
« duite et trahie, quel autre traité reste-t-il que leur mort
• ou la nôtre ? Félicitons-nous, braves citoyens, de ce que « par une destinée singulière nous ne pouvons mourir sans « vengeance. Cette femme ambitieuse et perGde qui, ne « croyant à aucune vertu, a cru de son intérêt de les « feindre toutes, verra par ce généreux dévouement tous
• ses artifices démentis. Notre sang volontairement répandu a déposera contre sa tyrannie ; et cette fausse gloire dont « elle est si amoureuse sera également flétrie par nos dé- « faites ou par nos victoires (1). »
Les confédérés, animés par de pareils sentiments, étaient partout les agresseurs. Les Russes, réduits par les ordres qu'ils avaient reçus, à les empêcher de s'étendre, se tenaient sur la défensive. Les confédérés rompirent le cordon en plusieurs endroits, et pénétrèrent dans les provinces voisines. Le bruit de ces légers avantages semblait affranchir la nation de la crainte ; par tout le royaume les animosités contre les dissidents prenaient plus de chaleur ; la haine contre les Russes éclatait davantage ; le désir de détrôner le roi ne se cachait plus. Recommander la tranquillité, c'était se rendre suspect ; on ne parlait qu'avec fureur des oppresseurs de la liberté ; on ne craignait plus de se livrer à toute son indignation contre les événements passés.