‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 168 sur 184 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

rengagement nouveau qu'elles Tévacueront sans aucun dé- 4ai? » Obreskoff ayant répondu qu'un pareil engagement passait ses pouvoirs, le chef de la loi, qui était dans un appartement voisin, envoya au grand- visir le consentement à la guerre, et ce ministre la déclara au résident russe. Celuici, troublé, voulut répliquer. Le grand-visir lui imposa silence et le fit retirer. On le conduisit dans un appartement voisin ; d'où, après que, suivant l'usage de ce pays, on lui eût servi le café^ il fut enfermé au château des Sept-Tours. Le drapeau rouge, signe de la guerre, fut déployé dans toutes les villes ; et on se pressa défaire passe^ cette nouvelle en Pologne, avec un manifeste où l'élection de Poniatowski était nommément attaquée, et ce prince déclaré iAdigue à% régner.

XXXn. Rappel de Krim-Gueray. Invasion de la nouvelle

Serbie,

Le premier ordre que donna le grand-seigneur, fut de rappeler Krim^Gueray de l'exil. Le sultan pensa avec raison qu'il devait armer contre la Russie un prince qui aimait la guerre, qui l'avait faite avec succès, que les Tatars suivaient avec confiance, et qui, par son ressentiment personnel contre les Russes^ était devenu pour eux un ennemi irréconciliable. Krim-Gueray revint de Pïatolie, eut avec l'empereur plusieurs entretiens publics et secrets, fut comblé d'honneurs et de présents. Sa bravoure déjà éprouvée, sa prévoyance justifiée par Les événements, ses projets, son air audacieux, inspirèrent une juste confiance à Mustapha ; et Krim-Gueray reçut une autorité souveraine sur les Turks mêmes et le commandement absolu de cette guerre. Il ne perdit pas un instant , et partit pour la Bessarabie. 11 y

trouva ce qui restait des confédérés de Bar, au nombre de quinze cents, tous gentilshommes de quelque nom, et dépouillés de tout. 11 se mit à la tête de son armée dès la fin de 1768; et malgré la rigueur de l'hiver, il entra enfin dans la nouvelle Serbie, cette province envahie par les Russes contre la foi des traités. Les malheureux colons ne furent point défendus. Les Tatars les emmenèrent en esclavage. Tout fut déiruît par le fer et le feu, à l'exception de trois forts, dont les Tatars, dépourvus d'artillerie, n'osèrent approcher. Trois cents soldats russes étaient sortis du fort Sainte^Élisabeth, et rangés en bataille sous le canon de ce fort. Les Tatars les regardèrent de loin. Rrim-Gueray admira leur contenance ; et, sans les attaquer, les laissa rentrer dans le fort.

Ni l'un ni l'autre des deux empires n'était prêt à cette guerre qui les menaçait tous deux depuis si longten>ps ; et, à la nouvelle de cette irruption des Tatars, Talarme fut générale en Russie. La terreur s'étendît à plus de cinquante lieues des lignes. Tout ce qur habîtaft dans cette étendue prit la fuite. On tremblait jusque dans Mo&kou; et tous les habitants de cette grande ville coururent en foule dans les églises. On envoya précipitamment des troupes, des munitions, de l'artillerie ; et la facilité des transports, par cette incroyable rapidité avec laquelle les traîneaux volent pour ainsi dire sur la neige, servit à mettre ces contrées en état de défense.

Les Tatars brûlèrent tous les villages qui étaient sur la frontière. Ils emmenèrent trente-cinq mille prisonniers, tous malheureux Européens trafiqués en Hollande, déserteurs français ou allemands, paysans arrachés à leur sol natal par )a séduction. Tout fut vendu à quatre-vingts piastres par tête. Le kan choisit deux cents belles filles, les fit revêtir d'habillen>ents turks, et les envoya en présent au grand-

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