XXXI. I^se de Krakovie
Cette ville, enfermée d'une simple muraille, avait soutenu un siège de six semaines. Les secours qu'elle attendait avaient été coupés. Un-grand nombre de confédérés sortis pour prêter la main à ces secours, n'avaient pu y rentrer. Ceux qui y restaient, manquant de munitions, chargeaient leurs fusils avec des pièces de monnaie ; et la nuit du 17 au 18 août, ils furent emportés d'assaut. Aussitôt que les Russes furent dans la ville, leurs officiers se présentèrent devant eux pour prévenir le pillage. Les confédérés n'avaient
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pu se réfugier dans le château, et s^étaient j^tés daos quelques églises, où ils s'étaient barricadés. On les somma à son de trompe , on leur promit la vie et la liberté s'ils mettaient bas les armes ; mais après quelques jours de bons traitements, assez marqués pour que la nouvelle en fût généralement répandue eu Europe et parvint à Constantinople, ces infortunés furent mis aux fers et conduits enchaînés dans les provinces les plus reculées de la Russie. Une autre confédération, plus formidable que toutes les précédentes, éclata, il est yrai, alors dans la grande Pologne ; mais les ministres russes exagérant à leur souveraine les nouvelles heureuses, et affaiblissant , suivant Tusage de toutes les cours, Timpression de celles qui Tétaient moins^ ne lui représentèrent ces nouveaux mouvements que comme les dernières agitations d'une tempête qui finit. Un renfort de troupes Russes entra en Pologne pour accélérer la soumission totale de cette république ; et Catherine suivit avec chaleur la négociation ouverte avec les ministres ottomans. Elle offrit de livrer vivants deux cents Zaporoves, et de les abandonner à la ven* geance des Turks. Elle fît remettre a Constantinople une copie fausse ou vraie du compte rendu par le commandant de ses troupes, dans laquelle il s'excusait de l'incendie de Balta, sur Tignorance des limites. Tout ce qu'il y avait de troupes russes en Pologne reçut défense, sous peine de mort, d'approcher des frontières ottomanes; et quant à leur retraite prompte et entière de toutes les terres de la république, elle demandait un peu de temps. Elle démontrait la prétendue impossibilité de livrer les Polonais à euxmêmes dans la situation où étaient les affaires ; elle offrait d'exécuter cette condition aussitôt que les troubles seraient pacifiés.
Ces offres étaient accompagnées de présents ; et les dispositions des ministres turks étant bien connues à Pétersbourg,
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on ne doutait pas que cet orage ne fût déjà entièrement calmé. On ne fit aucune sorte de préparatifs pour la guerre. On eût craint d'alarmer fô nation russe, et peut-être d'exciter des soulèvements par la seule apparence d'une guerre odieuse à tout Tempire.
XXXII. Changement de ministère à Conslantiople, — Déclaration de guerre.
Mais la distance des lieux en>pêchait que les conseils du cabinet ne pussent suivre la rapidité des événements. Quand cette réponse de la tzariue arriva a Constantinople, les conjonctures étaient changées. Une révolution dans le ministère ne laissait plus aucun accès aux intrigues des Russes. Le sultan s'était aperçu avec colère que le grand-visir cherchait à lui opposer le suffrage des gens de loi.. 11 avait déposé ce vieillard, le 5 de septembre. Sa disgrâce avait entraîné celle du reys-effendi ; et le changement du ministère avait décidé sans retour le changement de système. Le sultan nomma un nouveau visir,dont l'élévation rapide avait commencé sous le règne présent, et qui ne pouvait opposer aux vues de son maître cette considération d'une longue expérience acquise sous les administrations précédentes , considération que lui avaient jusqu^alors opposée tous ses visirs.
On apprit dans le même temps à Constantinople que la révolte des Monténégrins était apaisée; que ces peuples avaient été vaincus ; qu'on avait pénétré dans leurs vallées, qu'on s'était emparé des couvents qui leur tenaient lieu de forteresses. L'artillerie du sérail et du port annonça cette victoire au peuple. Vingt-deux têtes des principaux rebelles lurent exposées aux portes du sérail. Ce fut au milieu de
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cette joie, et pour ainsi dire de ce triomphe^ qu'on reçut I» réponse des Russes. Un grand-conseil fut de nouveau assemblé. Le résultat de toutes les opinions fut encore que les refus de la Russie n'étaient pas assez constatés^ poup légitimer la déclaration de guerre ; et d'après la décision de cette assemblée, le résident de Russie fut mandé à l'audience du nouveau visir. Les portes en restèrent ouvertes à tout le peuple. Cette publicité annonçait des résolutions fermes. ïje premier ministre ottoman commença par tirer de son sein les articles signés en 1764. « N'avez-vous pas, dit-il au résident russe, en lui montrant cette convention, promis et signé au nom de votre souveraine, qu'elle ne laisserait en Pologne, et pour très-peu de temps seulement, que sept mille bommes de ses troupes tout au plus et sans canons ; à présent n'y en avez-vous pas un plus grand nombre ? — Il est vrai, répondit le ministre russe, que les circonstances l'ont exigé. — Combien yen a-t-il, répliqua le grand-visir? — Environ vingt-cinq mille, lui répondit Obreskoff. — Eh bien! parjure, ne faites-vous pas l'aveu de votre infidélité ? ]Ve rougissez-vous point devant Dieu et devant les hommes des horreurs qu'au mépris de toutes les lois divines et à la honte de L'humanité, vos troupes ont commises dans un pays qui ne vous appartient pas ? Et vos canons, ne les a-t-on pas vus sur nos frontières abattre un palais du kan des Tatars ? » Le résident répondit avec embarras. « Laissons tout cela, interrompit le grand-visir ; une pareille conduite n'est-elle pas opposée aux capitulations, et une infraction manifeste des traités ?» Le résident russe demeura en silence. « .Te vous demande aujourd'hui une réponse formelle ; et si vos troupes, conformément aux engagements signés par vous-même, ont reçu ordre d'évacuer entièrement le royaume de Pologne. — Je ne crois pas, répondit Obreskoff/.que cet ordre soit donné. — Prendrez- vous, au nom de votre souveraine,