XIX. L'arrivée de Repnm change toutes les affaires
Repnin, au contraire, voulut dès les premiers jours de son arrivée, renverser tous les usages de la république, nommer le roi avant la diète de convocation, avant la tenue des diétioes. Il apportait au comte Poniatowski une somme de cent mille ducats, et celui-ci commença à marcher avec un nombreux cortège, premier indice public de ses hautes prétentions. Keyserling, pour conserver la supériorité de son rang sur le nouveau ministre russe , se vit obligé de prendre le ton de sa cour, et de menacer au moindre obstacle de faire appuyer ses négociations par une armée. L'effroi se répandit en Pologne. Cette république sans défense craignit que la cession de quelques-unes de ses provinces ne
fût le prix convenu pour kn efforts dispendieux que la Russie paraissait annoncer. Poniatowski devint en horreur à une nati<Hi qui se voyait menacée pour lui seul, et qui, dans l'opprobre de le recevoir pour roi, envisageait encore la honte de céder à cette occasion quelque partie de son territoire. Lui-même sentit avec inquiétude que cette hauteur insultante allait fermer toute voie a une conciliation ; que plus les Polonais seraient menacés, plus ils espéreraient d*étre secounis. Il fit des représentations à Timpératrice; il la supplia de rassurer la république, et d'après ses instances, eHe chercha elle-même à calmer cet effroi. Elle publia une déclaration, où elle représentait « que la justice et Fhumanité étaient les seules règles de sa conduite ; que ces seules vertus l'avaient placée sur le trône; qu'elle fondait sur elles seules )a réputation que lui méritait la manière dont elle gouvernait son empire ; et elle finissait par promettre de maintenir la république dans ses lois, ses libertés et toutes ses possessions. » Keyserling reprenant aussitôt son ton insinuant et ses propos mesurés, protesta « que l'impératrice avait pour unique objet de procurer la couronne, par les jnoyens les plus doux , à celui des Polonais qui lui serait le plus agréable; qu'elle n'avait encore désigné personne, et qu'elle attendait le temps où les usages de la république y autorisaient les puissances étrangères. » Mais le chef-d'œuvre du vieil ambassadeur fut de contenir, pendant le peu de temps qu'il vécut encore , le caractère hautain et impétueux du nouveau ministre qu'on lui avait donné pour collègue, d'astreindre cet homme violent à toutes les formes républicaines, et de le forcer ainsi à laisser aux Polonais une ombre de liberté^ en les amenant par degrés à une soumission prudente et volontaire.
Cependant, les cours de France et de Vienne ne voulaient point croire que l'impératrice de Russie eût l'intention de