LIVRE YI. SI
des conversations françaises, où toutes les opérations du ministère sont représentées comme le dernier période de la décadence de la nation ; où tout ce qui est étranger est loué par une opposition satirique à tout ce qui se fait dans le pays ; Rcpnin, quand le gouvernement français commençait déjà à tomber dans le mépris, n'ayait pas conçu une grande opinion de la puissance française. Envoyé ensuite par Pierre III à la cour de Berlin, dans un temps où le roi de Prusse cherchait à disposer de toutes les forces de la Russie, il s'était vu Tobjet des attentions séduisantes de ce héros. Aussi disait-il hautement, avant son départ de Pétersbourg, « que sa souveraine donnerait à la Pologne tel roi qu'elle jugerait à propos, le plus simple geutilhomme polonais ou étranger, et qu'aucune puissance sur la terre n'était en état de l'en empêcher. » Pïeveu de Panin , qui se plaisait a voir en lui l'héritier de sa fortune , son élève et son successeur, il en avait reçu , en faveur de Poniatowski , des instructions secrètes bien plus positives et plus pressantes que celles mêmes de la tzarine ; et dans les voyages que Poniatowski avait faits à Pétersbourg, le libertinage et la confidence les ayant unis d'une sorte d'amitié, Repnin prenait plaisir à faire roi an ancien confideut de ses désordres, un homme sous le nom duquel il espérait régner lui-même ; car la faiblesse et la facilité de Poniato\vski donnaient cette espérance à tous ceux qui agissaient en sa faveur; et lui-même employait quelque adresse à les entretenir chacun séparément dans cette espérance générale.
L'arrivée de Repnin , à Varsovie, changea toute la face des négociations. On vit aussitôt se former une espèce de ligue entre tous les jeunes gens qui s'étaient trouvés à Pétersbourg dans la société intime de la grande-duchesse, au temps de ses amours avec Poniatowski, et dont Repnin avait dès lors été Tami. C'étaient les plus beaux jeunes gens de la
Pologae ; et tout ce qu'il y avait de jeunes femmes oecupées d'intrigues et de galanterie commencèrent, dès ce moment, à s'attacher ouvertement à ce parti ; elles y formaieni même une faction particulière : et il ne resta presque plus parmi leurs adversaires, que les femmes des proviiices et celles de la vieille cour.
. Au lieu de ces insinuations adroites que le comte Key^^c^ling avait employées avec succès , au lieu de ces menaces toujours secrètes , toujours personnelles, toujours faites à propos, Repnin semblait avoir apporté à toute la nation polonaise des ordres absolus. Jusque-là, toutes les premières difficultés de cette grande affaire avaient été applanies par Keyserling avec la circonspection la plus artificieuse.
XVIIf. Conduite de Keyserling,
Il y a une sorte de plaisir à considérer avec quelle singulière dextérité et quelle profonde connaissance du cœur humain, ce vieux et habile intrigant avait manié toutes les passions des grands, des simples gentilshommes et de la multitude. Il avait commencé par se rendre maître du primat, qui croyait avoir beaucoup fait pour la dignité de la république, en obtenant pour sa place le titre d'altesse; et Keyserling' avait profité de cette vanité pour le brouiller avec les autres cours moins prodigues de titres et d'honneurs. Il s'occupait à miner sourdement tout le parti de la maison de Saxe ; il offrait aux parents de la jeune polonaise qui avait secrètement épousé le duc Charles de faire reconnaître en Russie et en Pologne son rang de princesse royale, en y joignant une pension convenable à cette dignité ; et il ajoutait que, si dans ce moment, cette famille ne croyait pas qu'il fût de son honneur d'accepter ses offres , au moins elle prît garde
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de rkn faire qui empêchât l'impératrice de les réitérer, il avait reçu de la niain même de dattierine une lettre pleine d'invectives contre les défauts corporels de rélecteur de Saxe. Cette fèinme qui voulait couronner en Poniatoi^ski les agrément*'*^'» là figure, semblait trouver dans la diffoitmité de cet «lecteur un motif d'exclusion. Elle ordonnait n Klèyserliog de communiquer celte lettre à tous les grands de Pologne, et elle la terminait par des menaces contre ceux qui ne se soumettraient pas à sa volonté. Reyserling^ pour concilier ee qu'il devait d'obéissance aux ordres de sa souveraine et de ménagement à l'indépendance de ces républicains, notifiait cette exclusion à chacun en particulier; mais il la niait publiquement : il paraissait avoir un grand respect pour la nation, que ses divisions empêchaient de se réunir, et il affrontait tous les particuliers. Il flattait les Polonais pour les dompter, et ne faisait sentir le mors que dans l'instant où il exigeait l'obéissance.