LIVRE IX
qu'elles étaient restées depuis six semaines sans être lues, et encore toutes cachetées sur le bureau du comte Panin.
La disgrâce de ce ministre parut certaine. Cette foule d'ennemis cachés qui environnent toujours les hommes en place, tous ces rivaux de leur crédit, tous ces envieux de leur fortune, tous ces courtisans inutiles et sans faveur, mais jaloux par caractère et mécontents de tous les ministres, saisirent cette apparence de disgrâce, et se déchaînèrent contre des fautes si palpables et si funestes. Lui-même ne pouvait dissimuler ses craintes, et l'embarras de son maintien décelait celui de sa position ; mais Catherine, après lui avoir marqué le plus vif mécontentement, le conserva dans tous ses emplois, satisfaite de s'être ainsi justiGée elle-même aux yeux de son peuple, en rejetant toute la faute de la guerre sur cet homme qui en était véritablement l'idole ; et après ce premier moment , au milieu de ses embarras les plus cruels, elle ne montra plus que de la sérénité et de la joie.
XXXVJ. Mouvements que cette déclaration de guerre produit
en Pologne. »
Si de nouvelles confédérations n'avaient cessé d'éclater en Pologne, malgré tous les désastres que les premières avaient éprouvées, et dans le temps où ces infortunés républicains paraissaient abandonnés de l'Europe entière , comment peindre la fermentation qu'excita dans la république la nouvelle de cette déclaration de guerre desTurks? L'espoir de rester libre devenait certain ; mais la crainte de voir les armées tatares et ottomanes inonder toutes les provinces, et d'être en proie à tous les désordres que la barbarie de ces peuples ajoute aux calamités de la guerre, modérait cette joie. Le vœu de la nation fut de se délivrer par ses propres
RÉVOL. DE POLOGNE. - T. II. Zi
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efforts, pendant que les armées ottomanes attaqueraient cKrectemeitt l'empire de Russie.
XXXYII. Vévéque de Kamienieç entreprend de diriger le»
efforts de la nation,
L'évéque de Kamienieç accourut de France pour diriger dans la crise actuelle les affaires de sa patrie. Ses correspondances s'étendirent bientôt dans toutes les provinces. Il fît passer des sommes plus ou moins considérables entre les mains des citoyens les plus accrédités , pour les aider à se pourvoir d'armes, à faire des recrues, à rassembler des m unhions. Lui-même établit sa résidence à Cieszyn, ville de la Silésie autrichienne, voisine des frontières de Pologne ; et dans ce refuge, les principaux confédérés et ceux qui méditaient de le devenir se rendirent auprès de lui. Là s'établit ouvertement le conseil qui dirigeait toutes les affaires des confédérations, n'ayant encore aucun asile en Pologne, dont toutes les villes étaient occupées par les Russes , et dont toutes les provinces étaient ouvertes et sans défense. C'est de là que l'évêque de Kamienieç avec un zèle infatigable luttait contre tous les vices de sa nation, ne se rebutant jamais, et parvenant à mettre une espèce d'ordre dans l'anarchie, de la prudence dans les passions les plus inconsidérées, réunissant les esprits divisés, employant dans des lieux éloignés ceux dont les haines étaient irréconciliables. 11 représentait dans tous ses entretiens, dans toutes ses lettres, que les armées russes destinées à combattre les Turks allaient s'assembler en Pologne ; que ce serait se sacrifier imprudemment que d'éclater avant l'ouverture de la campagne ; que ce serait tout perdre au moment de la plus grande espérance. Mais comment, dans une oppression pareille, au milieu d'une