XLIV. Vains effort pour y remédier
Cependant, au milieu de tous ces projets d'ambition et de conquête, il était impossible que les Russes se dissimulassent les maux intérieurs de leur empire. Depuis longtemps, chacun de leurs souverains en arrivant au trône , avait paru sentir que le soin de remédier à ces maux devait être son
(1) Les Moskovites, qae Ralhière et les écrivaios étrangers appellent improprement Jes Russes, ne sont point d'origine slave, européenne, mais bien d'origine tatare, asiaUque; quoique leur langue ait acqaiF, à la suite dts tamps, quelque analogie avec le slave.
premier objet. Oq les avait vus, depuis quatre règnes, coqdamner à leur avènement la guerre qu^ils trouvaient entreprise, la regarder comme étrangère aux véritables intérêts de l'État, se presser de la terminer, et tâcher de remédier au désordre général ; jusqu'à ce qu'une ambition personnelle, ou de nouvelles intrigues les engageassent à leur tour dans la même faute. Ainsi, Anne avait mis fin à la guerre de Perse, Elisabeth à celle de Prusse, et Catherine à celle de Holstein. Un grand dessein, celui de réparer l'erreur de Pierre P'', et de donner enûn des lois à la Russie, occupait alors le génie de cette princesse. Nous l'avons vue convoquer tous les députés de toutes les provinces de son empire, lis travaillaient sous sa dictée à la rédaction d'un code général et uniforme* Elle avait, à son avènement, trouvé les finances dans un extrême désordre. Elle s'occupa d'abord de les rétablir, tant par une économie sévère , que par la réunion de presque tous les biens de l'église au domaine impérial ; mais, cédant bientôt à un désir immodéré d'illustrer son règne, elle les avait épuisées de nouveau par des fondations éclatantes, par des établissements de tous les genres, par la construction de superbes quais sur la rivière qui traverse la capitale.
Ces dépenses avaient absorbé la plus grande partie des sommes destinées aux militaires ; et dans la profonde sécurité où était cet empire, tout ce qui était relatif à la défense de l'État avait été sacrifié pour ces embellisemcnts. Le grandmaître de l'artillerie, qui ne devait cette place qu'à la faveur, uniquement occupé de plaire , rapportait tous les ans à Catherine la plus grande partie des sommes destinées à l'entretien de la milice. Le ministre de la guerre, qu'un zèle imprudent, ou plutôt une jalousie indiscrète contre le favori, avait d'abord fait disgracier, rétabli dans son ministère, imita la conduite de son antagoniste, et laissait l'armée sans
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recrues, sans habilIemeDts et sans armes. Rien n'était prêt pour la guerre, ni Tarmëe, ni l'artillerie, ni la flotte. Toutes les caisses étaient vides ; et à cette déclaration inattendue, tous les travaux furent suspendus. Les députés même pour la législation furent congédiés. On rassembla à la hâte tout ce qu'on put trouver d'ouvriers, et Ton précipita tous ces préparatifs pour la guerre, sans discontinuer les négociations pour la paix, qui pouvaient jeter plus de lenteur dans les, préparatifs de l'empire ottoman.