XXI. Arrivée du comte de Mercy en Pologne
Le comte de Mercy, après avoir vu presque toutes les cours de l'Europe, et séjourné trois ans à celle de Russie, en rapportait cette haine que les étrangers vertueux ont toujours rapportée de ce pays. Il n'avait pu voir sans une sorte d'horreur un peuple qui joint des mœurs féroces aux vices des peuples policés, un luxe effréné à une profonde misère, et Finsolence des manières à la bassesse des âmes ; qui, sans argent et sans industrie , plein d'ambition et d'arrogance, n'a rien de ce qu^on estime chez les peuples pau> vres ; chez lequel on ne connaît pour toute vertu qu'un dévouement superstitieux auxvolontés'd'un despote, pour tous talents que ceux des esclaves, l'imitation et la ruse. Son honnêteté naturelle révoltée par tous ces vices qu'il avait vus de près, lui faisait porter une sorte de passion dans le projet politique de s'opposer aux progrès de cette puissance ; et peutêtre avait-il un secret désir d'humîHer personnellement une princesse qui, dans le cours de son ambassade auprès d'elle, ne l'avait laissé réussir dans aucune de ses négociations. Il était persuadé, qu'il ne fallait dans ces commencements que tenir tête à la tzarine pour lui en imposer, lui montrer la guerre pour la contenir en paix ; et que si les Polonais paraissaient prêts à lui résister, la tyrannie qu'ils en éprouvaient cesserait aussitôt. Il résultait de ces différentes conjonctures, que, des deux cours de France et de Vienne,
LIVBE VI. 41
celle qui n'avait jamais pris aucun intérêt au sort des PoloDais, celle dont ils se défiaient avec tant de raison, et qui, depuis deux cents ans, les avait en toute occasion sacrifiés à la Russie, se montrait aujourd'hui la plus zélée pour leur défense.
L'arrivée de son ambassadeur à Varsovie, et Tactivité qu'fl mit dans ses premières démarches, en donnant des conseils, en promettant des secours, en tâchant de réunir les esprits, en faisant prendre des engagements, fortifièrent le parti de rélecteur de Saxe.