‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 20 sur 184 · LIVRE VF · texte numérisé non relu

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répondre vcrbatement, mais sans prendre aucune espèce d*engagement, que si des troupes étrangères entraient en Pologne, la France ne serait pas éloignée de contribuer aux frais de Texpédition que le kan projetait contre ces troupes. Le ministre qui présidait alors aux affaires étrangères de ce royaume avait pour principe de ne prendre aucun parti dans les divisions des autres cours ; et pour y conserver toutefois à la France quelque apparence de crédit, il recommandait à tous les ambassadeurs français une conduite telle, que le parti qui triompherait crût avoir quelque obligation à la France. En conséquence d'un pareil système, après avoir accordé à Télecteur de Saxe la recommandation de la France auprès des Polonais, il faisait encourager, par des compliments vagues, les desseins du grand- général sur le trône; et dans le même temps, persuadé que la Russie voudrait y placer un des princes Czartoryski, il envoyait un secret émissaire à ces princes. Ainsi la France eut en Pologne trois négociateurs, un ambassadeur, un résident et un consul, précisément parce qu'on n'avait aucune intention réelle; et il est remarquable que, dans une combinaison si compliquée et si subtile, on avait tout prévu excepté ce qui arriva. Ce n'est pas tout encore ; et la nécessité de porter le plus grand jour sur une intrigue très-mystérieuse, et qui a eu la plus singulière influence sur les principaux événements de cette histoire, nous oblige d'ajouter d'autres détails. Ce ministère, au milieu de tant de subtilités et de circonspection, était lui-même tombé dans un piège. Le résident et le consul qu'il envoyait en Pologne étaient tous deux secrètement employés dans cette correspondance que le roi de France entretenait à Tinsu de son ministère, et dont nous avons raconté précédemment l'occasion et les effets. Le comte de Broglie, ministre caché de cette correspondance, avait eu l'adresse de faire choisir deux de ses con-

iidents par le véritable ministre. Ceux-ci obéissaient donc réellement à d'autres instructions plus secrètes, et qui paraissaient émanées directement de l'autorité suprême. Elles prescrivaient de ne point s'opposer à l'élection du comte Poniatovirski. Les ordres envoyés à Ck)nstantinople par cette même correspondance, n'étaient pas moins contradictoires à ceux du ministère. Ils prescrivaient à l'ambassadeur de France d'employer toute son habileté à entretenir la paix entre les deux empires. Ils lui défendaient de faire parvenir au kan des Tatars la faible promesse que la France pourrait entrer dans les frais de son expédition. L'excès de réserve dont le ministre de France avait imposé la loi à cet ambassadeur lui servit à pallier la mollesse avec laquelle il exécuta les ordres qu'il en avait reçus, et le sauva longtemps de l'extrême embarras d'une position si critique.

Peut-être voudrait-on pénétrer plus avant, et demander quels motifs dirigèrent la conduite du comte de Broglie, dans une contrariété que nous verrons se soutenir opiniâtrement contre tous les projets du ministère de France. Mais soit qu'il ait voulu, par une ambition personnelle, se jouer de tous les projets d'un ministre qu'il cherchait à supplanter, soit que, dans l'intention d'entretenir toujours un parti en Pologne, il ait cru que l'élection et le règne de Poniatowski offriraient de perpétuelles occasions de factions et de soulèvements, soit qu'il ait écouté d'autres intérêts encore moins généreux, nous ignorons entièrement ses motifs. Il est seulement très-vraisemblable que le comte de Broglie n'ayant pas tiré de celte confidence du roi son maître tous les avantages personnels qu'il devait s'en promettre , ayant, au contraire, subi plus d'une disgrâce et la rigueur même d'un exil, dans lequel son frère, déchu du commandement des armées qu'il conduisait avec gloire, avait été tout récem- • ment envoyé avec lui , se voyant en quelque sorte trahi

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par son mattre, et perpétuellement sacrifié au crédit des favoris et des ministres , voyant enfin ceux qui gouvernaient alors les affaires établis à la cour et dans leurs emplois d'une manière qui paraissait inébranlable et qui lui ôtait tout espoir de leur jamais succéder, il est vraisemblable, dis-je, que son ambition mécontente et irritée prit alors de nouvelles voies ; qu'il commença à vouloir tirer de cette bizarre intrigue d'autres avantages que ceux qu'il en avait d'abord espérés; que le ressentiment et le dépit se joignant à son ambition, le firent enfin flécbir de cette droiture rigoureuse qui semblait être dans son caractère, et le détournèrent de ces grandes vues politiques, qu'il avait jusque-là suivies avec la persévérance la plus courageuse. Ce qui est certain, c'est que Poniatowski, devenu roi, donna aussitôt sa voix pour le cardinalat à un frère du comte de Broglle.

Quant à la cour de Vienne, justement irritée contre les Russes qui l'avaient si indignement trahie dans la demièro guerre, et personnellement contre la tzarine, qui dans ses menées pour usurper le trône de son mari, l'avait jouée par défausses espérances, elle voulait lui susciter des embarras, lui faire sentir qu'elle était maîtresse de contrarier ses vues, et que le roi de Prusse ne serait en comparaison d'elle qu'un allié inutile. Son premier soin fut de ranimer les espérances amorties de l'électeur de Saxe, à qui l'exclusion formelle que lui donnait la tzarine eu avait facilement imposé. Il était prêt à renoncer à ses prétentions, dans la crainte de hasarder des démarches qui l'eussent compromis, et des dépenses infructueuses qui eussent achevé sa ruine. La cour de Vienne l'empêcha de se désister. Elle craignit que dans l'alliance qui se tramait entre le roi de Prusse et la tzarine, ^ n'eussent concerté les partage des provinces polonaises ; 'et elle fit annoncer qu'elle prenait sous sa protection le moindre village de Pologne : cette cour qui, dans les dcr-

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DÎères élections, avait joué un si grand rôle, tenta de réparer, par les talents de son ambassadeur, ce que la perte d'une province limitrophe avait diminué de son influence. Elle fit choix, pour renvoyer à Varsovie, du plus habile politique qu'elle eût alors dans ses négociations.

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