XLI. Radzivill condamné
De son côté, le prince Radzivill s'était rendu à Biala , à quatorze milles au nord de Varsovie; et après y avoir rassemblé trois mille hommes et une nombreuse artillerie, ne recevant d'aucune puissance ni secours, ni espoir, certain de l'abandon où toute l'Europe laissait la république, il fit des propositions de paix. Mais la* haine des Czartoryski contre lui était implacable ; et l'abaissement de sa puissance entrait dans les plans secrets qu'ils avaient formés pour établir un nouvel ordre dans leur pays. La confédération de Lithuanie avait rendu contre ce prince un jugemeut dicté par la fureur, l'avait dépouillé de ses dignités, condamné à une prison perpétuelle, avait prononcé la saisie de ses forteresses et la confiscation de ses biens. Ses amis
étaient déclarés infâmes , les uns condamnés comme lui , les outres bannis. Radzivill envoya à Berlin réclamer la protection du roi de Prusse, comme parent de la maison Radzivill, et comme ayant même dans des partages de fa* mille garanti à cette maison la possession de ses forteresses en Lithuanie. Le roi ne lui répondit que par des conseils de paix , tandis que ses ennemis en rejetaient toute proposition. Enfin, Radzivill n'eut plus à compter que sur son courage. Il apprend que les confédérés de Lithuanie, soutenus par les Russes , ont mis le siège devant Nieswiez , le plus fort de ses châteaux. Il part avec toutes ses troupes , déterminé à périr plutôt que de tomber entre les mains de ses 'ennemis, et de voir éclipser le lustre de sa maison. H marche a grandes journées pour secourir, s'il est possible , ceux de ses gens qui étaient assiégés. Il publie par un manifeste, « qu'il ne prend les armes pour aucune entreprise violente, mais uniquement par le droit de la défense naturelle ; qu'il est citoyen de la république , égal à tous les autres; qu'il a été attaqué pendant qu'il vivait tranquille, sans avoir été condamné juridiquement, sans avoir été convaincu par aucune procédure ; et qu'il offre toutes ses forces à ses concitoyens pour la défense des lois. » Il enlève sur son passage dans les terres de tous ceux qui étaient attachés a la maison Czartoryski, leur artillerie et leurs munitions. Il incorpore leurs soldats dans ses troupes , et prévient par une sévère discipline toute espèce de désordre.