V. État de Vempire tiirk
Us voyaient de trop près sa faiblesse intérieure ; les provinces remplies de brigands, l'Egypte soulevée, la Mecque envahie, la Tatarie ou révoltée ou suspecte ; toutes les affaires languissantes , à l'exception des seules affaires du f}sc impérial; le sultan, laborieux, austère, appliqué, mais sans expérience, parce qu'il avait passé dans une prison les seules années où elle peut s'acquérir ; sans suite dans les affaires,
la.
114 BÉVOLUTIONS DE POLOGNE.
parce que la multiplicité des détails qu'il embrassait lui faisait perdre de vue ceux qui la veille avaient le plus occupé soQ attention. Ils voyaient dans chaque occasion l'intérêt de Tempire sacriûé aux intérêts particuliers ; le ministère in* capable, par son amour pour la tranquillité, de soutenir longtemps des résolutions courageuses; le grand visir sans crédit; les gens de loi maîtres de tous les conseils ; les janissaires dégénérés, par le soin que les sultans eux-mêmes avalent pris d'altérer la constitution de cette milice ; les spahis ruinés par le luxe, et mis hors d'état, par les folles dépenses qu'il entraîne, de se pourvoir d'armes et d'entrer en campagne : enfin toutes les parties de la constitution de l'empire dénaturées et son ancien esprit militaire entièrement éteint. L'ambassadeur de France (c'était le comte de Vergennes, qui depuis, dans les conjonctures les plus épineuses, gouverna les affaires étrangères de sa patrie avec tant de sagesse et de succès ) , l'ambassadeur de France, maître d'exciter les Turks à la guerre, autorisé même, pour y parvenir, à leur promettre la neutralité de la maison d'Autriche, ne leur fit point cette promesse ; dans la juste appréhension, si elle était inutile, de compromettre deux cours ; et si elle produisait tout son effet, d'entraîner les Turks à des résolutions précipitées. La profonde connaissance qu'il avait de ce pays, le mit à portée d'observer que dans cette indignation apparente des ministres ottomans, ils étaient plus embarrassés d'un événement qui causait tant de colère au grand -seigneur, qu'ils n'en étaient eux-mêmes irrités ; qu'ils en avaient plus de confusion que de ressentiment. 11 remarqua qu'ils employaient toute leur adresse à chercher des moyens qui apaisassent l'animosité du grand-seigneur, et qui satisfissent à la dignité de l'empire sans en troubler le repos.