‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 69 sur 184 · XVIII. Poniatowski reconnu roi de Pologne par les cours · texte numérisé non relu

XVIII. Poniatowski reconnu roi de Pologne par les cours

étrangères.

Cependant, le nouveau roi était encore méconnu de la plus grande partie de l'Europe ; et la plupart des Polonais ne dou-

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talent pas que le rétablissemeDt de la république dans son ancieuDe constitution, celui du grand-général comte Braniçki dans tous les droits de sa charge, et du prince Radzivill dans toute la splendeur de sa maison, ne dussent être les condf^ tiens imposées par toutes les cours avant de consentir à cette reconnaissance. Ces deux illustres citoyens, dont la plupart de ces cours avaient encouragé la résistance, devenus encore plus chers à leur nation par Toppression qu'ils souffraient, étaient réfugiés au-delà des frontières ; Braniçki résolu d'abandonner sa patrie, de laisser confisquer ses biens, et d'aller mourir dans quelque asile plutôt que de consentir à la dégradation de sa charge, dont le rétablissement eût toutefois entraîné la ruine du nouveau gouvernement ; Radzivill plus opprimé encore, son palatinat donné comme s'il eût été vacant, ses biens partagés à une foule de personnes, sous le prétexte d'acquitter les anciennes dettes de sa maison, une argenterie immense portée à la monnaie, ses forte* resses occupées par les Russes, toute sa puissance détruite, et toutes ces rigueurs confirmées par des condamnations ; fier dans son infortune, déterminé à ne point fléchir, demandant vengeance et non pas grâce, résolu de ne remettre K's pieds dans sa patrie que pour être rétabli dans toutes ses dignités et dédommagé de toutes ses pertes : telle était la situation des deux plus grands seigneurs de Pologne et les difficultés de leur rétablissement.

Les Turks cependant ne cessaient de l'exiger ; les deux ministres russe et prussien à Constantinople s'y étaient for- . mellement engagés. La Porte protégeait, il est vrai, ces deux seigneurs polonais, en évitant de les en instruire. Mais sa politique lente et mystérieuse avait delà persévérance ; elle accordait du temps sans se laisser fléchir ; elle condescendit même à recevoir un envoyé de Pologne, mais seulement comme envoyé de la république, et sans jamais nommer la

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|)ersoiineduroi. Toutefois, seflattaotde tout conserver, sans en venir à une rupture avec la Russie, elle ne donnait à ces deux illustres fugitifs que des conseils de paix. Les autres cours de TËurope agissaient encore avec plus de mollesse. Tous les Ëtals voulaient rester tranquilles. Une élection faite en Pologne, et qui n'était pas généralement reconnue, semblait une étincelle de guerre ; on ne travaillait dans toutes les cours qu'à maintenir la paix et à écarter les moindres sujets de dissension, Braniçki ne se dissimula point qu'il allait être sacrifié ; et, ne recevant des pays étrangers d'autres conseils que de se soumettre aux circonstances, il t)rit alors une résolution digne de lui. 11 écrivit au roi, uniquement sous le nom de frère, lui demanda la paix, et, sans attendre aucune réponse, partit sous Tescorte de trois cents hommes qui, dans toutes les calamités où il s'était trouvé, lui étaient demeurés fidèles; traversa la Pologne entière, revint dans sa résidence ordinaire de Bialystok, et y resta sous la garde de ses troupes. A peine y fut-il arrivé, que tous les républicains se flattèrent d'avoir un chef. On vint de toutes parts lui proposer de former une réconfédératiou pour rétablir les anciennes lois. Mais il aima mieux endurer dans le silence les offenses personnelles qui lui étaient faites, que d'exposer le royaume à des mouvements où il n'entrevoyait aucune apparence de succès. Son autorité contenait les esprits, en même temps que sa personne et sa fermeté entretenaient encore quelque espérance. Plusieurs généraux russes acxîoururent également chez lui; ils lui proposèrent d'envoyer supplier leur impératrice de s'interposer en sa faveiir. Soit qu'elle cherchât dès-lors à rallier tous les ennemis du parti triomphant, afin d'abaisser tous les Polonais les uns par les autres , soit plutôt que, réduite à tenir les engagements secrets pris avec les Turks, elle eût souhaité que Braniçki, en s'humiliant devant elle, donnât un

prétexte honorable à cette condescendanee, un secret émis* saire vint lui apprendre, d'une manière positive, les espérmces que lui donnait la tzarine, s*il voulait unir sa cause àeelJe des généraux de Lithuanie; mais if rejeta constamment tontes ces propositions. Rien ne fut capable de déter* mininer cet illustre vieillard -à implorer une puissance qu'il continuait de regarder comme Temiemie de sa patrie.

Le brave Mokranowski avait suivi le sort du grand-général ; mais à peine fut-il revenu avec lui à Bialystofc, que le ministère polonais lui fit déclarer que, s'il ne venait pas à Varsovie rendre hommage au roi, on instruirait son procès, et on le poursuivrait criminellement, pour avoir pris les armes contre la république. Il se crut forcé d'obéir. Pendant qu'H traversait le» salles du palais, pour se rendre à l'audience du roi, une voix s'éleva de la foule qui était accourue pour être témoin de ce spectacle, et lui cria : « Vous venez trop tard ! » 11 répmidit d'une voix haute : « On ne vient point trop tard quand on ne demande rien ». l^e roi,. contre Tusage ordinaire, ne fit aucun pas vers lui, et se tint dans le fond de sou appartement. Mokranowski, en l'abordant, lui dit : « Sire , puisque la Providence vous a placé à la tête de la république, je n'ai pas cessé d'en être citoyen, et en cette qualité je vous dois mon hommage. Mes sentiments pour ma patrie ne changeront jamais ; si c'est ua moyen de mériter vos boutés, je les espère à ee titre ». Le roi lui répondit : « Mes intentions sont pareilles aux tàires ; les mêmes sentiments nous unissent ; et je me flatte que le bien dont vous serez témoin vous> attachera à mon règne ». Le roi l'embrassa alors en pleurant, et ajouta : » Mokranowski, ne vous séparez point de moi ; vous voyez tout ce qu'il m'a fallu employer de moyens pour tromper les Russes ». Mokranowski lui densanda s'il croyait donc les avoir trompés ? 11 séjourna peu de temps à Varsovie, accueilli à la cour, caressé par ses

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ennemis mêmes., mais surveillé de près et bientôt dénoncé pour quelque propos de mécontentement contre le despotisme qui se formait dans la république. On lui ôta l'administration des postes qu'il avait eue au commencement de l'interrègne; on le menaça de le dépouiller de ses autres emplois; il paraissait tranquille -sur ces événements, et quitta Varsovie le jour qu'il avait indiqué en arrivant.

Le prince Radzivill se réfugia à Dresde. Cette cour ne pouvait, sans déshonneur, lui refuser un asile ; mais comme elle cherchait alors tous les moyens de se rapprocher de la Russie, elle crut devoir s'en justifier, en faisant dire à la tzarine qu'il n'avait été ni invité ni attendu. Les intérêts de ces illustres citoyens ne furent cependant pas totalement négligés dans les négociations qui se suivaient alors. Les cours de Vienne , de France , de ^Tad^id , de Naples et de Dresde négociaient de concert , et faisaient dépendre de leur satisfaction mutuelle la promesse de reconnaître le nouveau roi. Dresde exigeait un désistement formel de toutes les prétentions que la république voulait former à la charge de la Saxe, et un apanage en faveur des princes saxons. La France exigeait une réparation authentique de l'insulte faite par le primat à l'ambassadeur de France. La cour de Vienne, où était le centre de ces négociations, se flattait secrètement de former des liaisons avec Poniatowski, et d'employer le crédit qu'on lui supposait encore sur la tzarine, pour détacher cette princesse du roi de Prusse. Naples et Madrid n'avaient rien à demander, et faisaient seulement corps avec les autres cours. Toutes exigèrent un engagement par écrit, que ni le grand-général, ni le prince Radzivill, ne seraient poursuivis comme rebelles. La cour de France députa un secrétaire d'ambassade au grand-général , pour l'instruire de cet engagement ; et la cour de Vienne fit une pareille mission au prince Radzivill. Mais Braniçki apprit avec indignation

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