XVII. Conduite des Russes envers les Polonais
Pendant ce temps, le soin des affaires politiques est déféré au comte Panin. Ce ministre, indolent et valétudinaire, en abandonnait tout le détail à un subalterne. Celuici, pour faire sa cour au ministre dont il attendait sa fortune^ voulait confier une autorité sans bornes à l'ambassadeur Repnin, que son oncle aimait avec une aveugle prédilection. Mais le comte Orloff et le ministre Panin, ennemis irréconciliables, et tous deux également accrédités auprès de leur souveraine, n'étaient point d'accord sur le plan qu'il fallait suivre. Orloff soutenait, les républicains ; il obtenait de rim|)ératrice, pour leurs émissaires, de secrètes audiences. Panin, au contraire, protégeait les constitutions nouvelles ; et s'il découvrait a Pétersbourg un envoyé des mécontents, il le forçait de fuir. Jamais aucun Polonais ne parvint à négocier dans cette cour avec quelque sûreté. Orloffy traitait avec indignité ceux qu'il croyait attachés aux intérêts de Poniatowski ; et Panin rendait les mêmes outrages à ceux que les républicains y envoyaient. Plus de vingt- mille
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Russes étaient répartis dans les provinces polonaises. Aucun des ordres donnés à leurs généraux n'était révoqué. Ils fai* saient partout, à main armée, signer la confédération générale, que Repnin voulait dissoudre à Varsovie, et partout exécuter les lois nouvelles. On travaillait au nouveau règlement de limites; et la Russie voulait envahir une étendue de plus de deux cents lieues, depuis la mer Baltique jusque près de Tembouchure du Borysthène. Elle voulait s*approprier cette communication entre les deux mers^ dont le comte Oginski faisait exécuter le projet. Les commissaires russes envoyés dans ces provinces, en levaient tous les plans, y constataient la qualité des biens et des personnes. Quelques troupes avaient pris leurs quartiers sur cette ligne pour contenir les habitants, qui s'indignaient de passer sous cette domination. Plusieurs évêques moskovites y étaient arrivés pour y prêcher leur religion. Ils venaient, disaient-ils à tous les paysans , les ramener à la foi de leurs pères ; ils conquéraient ces contrées par la prédication, avant même que cette affaire eût été décidée par le traité. Tout ce qu'il y avait de troupes russes voisines des fro ntières avait ordre d'enlever les artisans et les artistes que les seigneurs polonais avaient attirés à grands frais sur leurs terres ; on les transportait en Russie sous de fortes escortes; et les Russes, chez un peuple qu'ils méditaient d'incorporer à leur empire par une alliance perpétuelle et volontaire, se conduisaient et se conduisent encore comme au temps de leurs anciennes incursions.