IX. Intrigue du ministre de Danemarck à Pétersbourg^ en
faveur de Ponialowskt.
Une correspondance secrète et sûre, qu'il avait à la cour de Russie, lui répétait sans cesse que le dessein de l'impératrice eu faveur de Poniatowski , était uniquement l'effet d'une passion exposée à de fréquentes alternatives, et qull serait facile, suivant toutes les vraisemblances, de substituer une autre passion dans le cœur de cette princesse. Cet émissaire semblait avoir pénétré fort avant dans la confiance de la tzarine.
C'était un baron Osten, ministre de Danemarck en Russie, homme d*un esprit agréable et fin ; intrigant, qui, dans plus d'une cour, passait pour un profond politique; autrefois confident nécessaire des amours de Poniatowski et de la tzarine, et qui, dans les temps les plus fâcheux de leur séparation ^ avait servi à leur correspondance. La princeisse, environnée dans ces temps-là de surveillants et de périls, lui envoyait des lettres chiffrées ; il les copiait de sa main , sans connaître la signification des chiffres, mettait au bas sa signature, et profitant du droit accordé dans les cours aux ministres étrangers, d'assurer le secret de leurs correspondances en y employant ces écritures mystérieuses, il les envoyait en Pologne, par la poste, au ministre de Danemarck, de qui Poniatowski les recevait ; et les réponses revenaient de la même manière et par la même voie. Osten, que la seule apparence de cette intimité avait rendu justement odieux à l'empereur Pierre 111 , avait été, sous ce règne, rappelé de Pétersbourg et envoyé à Varsovie. Oginski était alors dans la première fleur de l'âge, et dans tout Féclat de sa figure. Osten, dont la dépravation connue rendait tous les attache-
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ments suspects, s'était vivement attaché à ce jeune homme, et en avait épousé tous les sentiments contre Poniatowski. Aussitôt que l'impératrice fut devenue souveraine, elle voulut rappeler Osten, pour en faire un ministre d*Ëtat. Le comte Panin, instruit du caractère de cet homme, détourna le eoup. Mais le ministère danois, attentif à profiter de toutes les petites intrigues des cours, crut qu'il était de ses propres intérêts de renvoyer le baron Osten en Russie, pour lui donner une place importante dans Tadmimstration russe, et Vy accrédita de nouveau. Il y recevait secrètement des Czartoryski une pension de quatre mille ducats. Il en était le ministre caché ; mats en paraissant également dévoué à toute cette maison, il s'occupait de porter au trône le comte Oginski. Il répétait en toute occasion, que l'intérêt de la Russie était de choisir un roi dans une famille qui lui était attachée depuis si longtemps ; que le prince Auguste était trop vieux, le grand-chancelier trop haï, le prince Adam trop jeune ; que jamais Poniatowski ne pourrait former une pareille prétention, qu'il n'était point aimé, que sa pauvreté devait l'en exclure, et que sa naissance n'était point assez illustre. Il ne cessait, au contraire, d'attribuer au comte Oginski, les qualités les plus dignes du trône. 11 disposait en sa faveur l'esprit de la tzarine. Il inspirait les mêmes pré« ventions aux favoris et aux ministres. Lui-même, courtisan agréable , réussissait à passer pour un favori ; et Catherine, amusée par l'esprit de cet homme, avait remarqué tout ce jeu d'intrigue, et prenait un plaisir malin à le laisser continuer en le rendant inutile. A la première nouvelle que le ^ône était devenu vacant, Osten, dont l'amitié pour le comte Oginski était une véritable passion, et qui ne doutait pas que ce jeune homme n'en inspirât une très-vive à toute femme sensible, le pressa d'accourir à Pétersbourg, lui promettant la couronne, s'il venait la solliciter lui-même, et l'assurant
que sa présence achèverait un ouvrage si heureusement commencé. Oginski partit avec précipitation^ et toute la Pologne apprit avec étonnement , qu'un grand-officier du royaume avait quitté sa patrie dans une conjoncture si intéressante, sans commission, sans passe-port , sans demander Taveu de sa famille, sans prendre congé du chef de la république. On ne tarda pas à pénétrer Tobjet de son voyage ; et on disait hautement^ dans l'Europe entière, qu'il était parti pour aller détruire dans le cœur de Catherine les sentiments, qu'elle conservait encore à Poniatowski.