LIVRE VI
biens, et Tordre sévère qu'il y observait lui donnait une grande réputation de sagesse et de probité. Au lieu de ces folles profusions où s'abandonnaient tous ses compatriotes , il faisait construire à grands frais, en Lithuanie, un canal pour la jonction de la mer Baltique et de la mer Noire. Sa résidence sur les bords de ce canal allait être, dans peu d'années, plus singulière et plus Belle qu'aucune résidence de souverain en Europe et en Asie. Ce devait être un superbe château , autour duquel s'élèveraient, pour Thabitation de ses amis ^ vingt-quatre pavillons séparés par autant de branches de ce même canal. Une perpétuelle rivalité entre lui et le comte Poniatowski s'était établie dès le temps de leur éducation, dans le sein de la même famille. Cette rivalité s'était perpétuée depuis leur entrée dans le monde par tous les genres d'émulation. Les succès du comte Oginski dans tous les arts de la poésie, de la musique, de la peinture, inspiraient à Poniatowski toutes les fureurs de la jalousie. Un tableau, unesonate^ un madrigal, étaient entre eux de fréquentes occasions de brouiileries ; mais d'un autre côté, les soins que le grand-chancelier donnait de préférence à Poniatowski, son neveu, pour le former aux affaires, inspiraient non moins de jalousie au comte Oginski, son gendre : celui-ci , pour me servir de ses propres expressions, ne reconnaissait dans son cousin, que l'esprit de ces subalternes fourbes, intéressés et flatteurs, qui parviennent à plaire quoiqu'on s'en défie .
Tels étaient leurs sentiments mutuels , quand tout parut annoncer au comte Oginski, que son cousin allait devenir roi.
14 BÉVOLUTIONS DE POLOGNE.