‹ Révolutions de Pologne (volume 3)Chapitre 81 sur 184 · XXVIII. Son caractère et ses premières démarches · texte numérisé non relu

XXVIII. Son caractère et ses premières démarches

Gaétan Soltyk, évêque de Krakovie, et duc souverain de Sévérie^ né d'un sang illustre^ mais sans fortune, joignait au caractère le plus fernoe la vertu la plus pure et le génie le plus élevé. Trop d'orgueil était la seule tache qui obscurcît de si grandes qualités, mais ce défaut même lui donnait dans ses résolutions une constance inébranlable. 11 avait suivi dans ses premières années le sort de ce roi Stanislas, qui dut à de si cruelles adversités dans sa patrie un si long cours de prospérités dans un royaume étranger. Soltyk n'en avait partagé que les malheurs. Attaché au primat de ce temps<là, il fut enlevé par les Russes^ et détenu à la suite de ce prélat dans une rigoureuse captivité. Sa liberté lui étant rendue à la paix, il avait passé en France avec la recommandation de sa fidélité et de ses souffrances» Il parut un moment destiné à faire dans ce pays une grande fortune ecclésiastique ; mais des affaires importantes l'ayant rappelé en Pologne avant d'avoir été revêtu en France des dignités qui lui étaient promises , il éprouva le sort des absents. Stanislas et sa fille, reine de France , l'oublièrent ; et très-jeune encore, il fut déjà un nouvel exemple de l'ingratitude des cours. Le chemin de la fortune lui fut ouvert en Pologne par le premier ami qu'il avait eu dans son enfance, le comte Mniszek, son compagnon de collège, devenu gendre du comte Brulh. Mais il semblait qu'on ne pût approcher du comte Brulh sans contracter quelque sorte de flétrissure. Les ennemis de Soltyk soutiennent que son ambition, sous la fin du dernier règne, avait pris la voie des intrigues de cour, qu'il prétendait au premier crédit de la république par la faveur de Brulh, et même par la faveur des femmes amies de ce mi-

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nistre. Mais ses plus cruels détracteurs avouent que depuis la vacance du trône, son ambition avait pris une voie plus digne de l'élévation de son génie, et de la fierté de son caractèrC) celle d'une vertu rigide et d'un attachement inébran* lable à la liberté de son pays. Les observateurs les plus défiants, dans de fréquents entretiens qu'ils eurent avec lui pendant l'interrègne, ne parvinrent pas à y découvrir un seul mouvement d'intérêt personnel. Il ne s'était déclaré pour aucun parti, tant qu'il y avait eu quelque espérance de conciliation ; sa conduite avait toujours été mesurée. Il avait été en conférence avec tous les différents chefs* Mais aussitôt que les lois furent opprimées, il se déclara ouvertement pour elles. Il vit que dans les conjonctures où était alors la Pologne, il serait impossible de prévenir l'élection du comte Poniatowski. « £h bien! dit-il, supposons-le roi; occuponsnous de le détrôner! » Les Czartoryski craignirent que par son rang^ ses richesses, son caractère personnel, il ne s'emparât dans le parti contraire d'un premier rôle en opposition avec le primat ; ils lui offrirent tout ce qu'il pourrait demander, pourvu seulement qu'il se retirât dans son diocèse, et ne se joignît pas au grand-général. Il rejeta toute proposition. On lut fit entendre qu'il serait enlevé par les Russes; il répondit : « Je n'en ferai pas moins mon devoir ». Il avait enfin ployé avec sa patrie, en reconnaissant Poniatowski pour roi ; mais sans démentir, dans les respects mêmes qu'il lui ridait, le grand caractère que noys le verrons soutenir dans les plus cruelles extrémités. Prêt à se rendre à Varsovie pour cette prochaine diète, il écrivit au grand-géné» rai pour le presser de s'y rendre. Braniçki répondit : a Que touchant au dernier terme de la vieillesse, il avait pris la résolution de passer ses derniers jours éloigné des affaires ; mais qu'il offrait sa fortune pour le rétablissement des lois, et qu'il envoyait un plein pouvoir pour prélever au besoin

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ses revenus dans tout le royaume » Soltyk écrivit à tous les souverains catholiques ; ii en reçut des réponses flatteuses et encourageantes. Mais toutes tes cours, après avoir reconnu réfection du roi de Pologne, et fait complimenter ce prince sur son avènement, n'avaient laissé auprès de lui ni ambassadeur, ni envoyé, ni résident, et n'avaient, à l'exception de celle de Saxe, repris avec la Pologne aucune espèce de liaisons. Ainsi ee royaume demeurait réellement abandonné au pouvoir de la Russie et aux intrigues du roi de Prusse, sans qu'aucun autre ministre à Varsovie pût éclairer leurs desseins et traverser leurs manœuvres. Soltyk envoya même un émissaire en Russie pour mettre la vérité sous les yeux de l'impératrice, et lui exposer les véritables dispositions où était la nation. Tel fut longtemps le singulier respect des Polonais pour c«tte princesse, et leur confiance dans les vertus dont elle se louait elle-même par ses déclarations publiques, qu'il la crurent toujours mal informée de leurs affaires. Il étaient persuadés que Repnin, soit extravagance, soit dessein de se faire valoir, dépassait les ordres qu'il recevait, donnait plus d'extension aux demandes qu'il était chargé défaire, envoyait de fausses relations adaptées a ses vues personnelles, et qu'enfin la tzarine était perpétuellement trompée sur le véritable état de la république.

Repnin ayant fait prier l'évêque de Krakovie, qui se tenait encore dans la capitale de son diocèse , de lui envoyer un homme affidé, dit à cet honome, en présence de plusieurs sénateurs, que la tzarine promettait sa bienveillance à cet évéque , mais qu'elle le voyait avec peine tenir une conduite contraire aux intérêts de la Russie ; qu'il devait mériter les bontés de cette princesse par une plus grande déférence ; que s'il persistait dans son opposition, il devait s'attendre à voir ses terres ravagées, les revenus de son évéché séquestrés, sa personne exposée , et que ses parents même répondraient

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de ses actions. L'évêque, inaccessible a toute espèce de crainte, écrivit au roi pour se plaindre de la tyrannie que le ministre d'une puissance étrangère osait exercer en Polo* gne. Il protesta dans cette lettre qu'il n'agissait ni par esprit de parti, ni par des vue& particulières, et qu'il ne con« sultait que le vœu général de la nation, et les devoirs de son état. Enfin, ayant rendu publiques les menaces de l'ambassadeur, et exhorté ses diocésains au jeâne et à la prière, il partit pour Varsovie, dans la résolution immuable de n'acquiescer jamais à rien de contraire à l'indépendance de son pays.

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