XXIX. Arrivée de deux colonels russes pour seconder Repnin
Deux jeunes colonels, joueurs et débauchés, étaient arrivés de Russie pour aider le prince Repnin dans ses travaux ; dignes satellites d'un tel homme. Leur première commission fut d'aller dans les provinces prévenir les évéques qu'il leur était interdit de parler à la diète sur les dissidents, sur le séjour des troupes russes en Pologne, sur la démarcation des limites, et sur le traité d'alliance. On les menaça, s'ils osaient parler contre un seul de ces projets, de faire dévaster leurs terres. Tous répondirent avec fermeté que leur dignité d*évéques et de sénateurs ne leur permettait pas de garder le silence sur des objets si importants ; et comme il était d'usage d'ordonner dans les provinces des prières publiques pour l'heureux succès de la diète, la plupart, dans leurs mandements, excitèrent les fidèles et les citoyens à s'unir pour la défense de la religion et de la liberté. L'empressement et le zèle avec lesquels ces mandements furent partout accueillis ne firent que trop pressentir combien il serait facile d'inspirer à toute la nation un fanatisme prêt à tout
souffrir. Les deux jeunes colonels, après avoir parcouru les provinces, revinrent à Varsovie tenir les mêmes discours aux évêques assemblés. Repnin n'imagina jamais que plus il mettait de publicité dans ses démarches , plus l'honneur obligeait d'y résister; ce fut surtout ce sentiment d*honneur inconnu aux Russes, et toujours offensé par eux dans les Polonais, qui rendit toutes ces affaire^ inconciliables. Le mé* contentement était si universel que Repnin, n'ayant jamais cru que personne osât lui résister, paraissait enfin inquiet et embarrassé. Mais quarante mille Russes bordaient les frontières de la Pologne, tout prêts à se joindre aux vingt mille hommes de cette nation déjà répartis dans le royaume.