XI. Projets pour réformer le gouvernement de Pologne
Un intérêt plus grand que celui de donner la couronne, allait encore occuper les Polonais. Le temps était arrivé où, suivant les usages de leur république, ils pouvaient, pendant la vacance du trône, et avant d'élire un roi, réparer les désordres de leur gouvernement. Dans une première diète, appelée diète de convocation , les députés ont droit de proposer à la nation de nouvelles Idis, dont' le code, présenté ensuite à toutes les provinces, est, d'après leurs suffrages, unanimement admis dans la diète du couronnement, ou rejeté par l'opposition d'un seul gentilhomme. Dans cet interrègne, dont les plus vertueux citoyens avaient attendu Tépoque pour exécuter plus facilement les réformes qu'ils méditaient, il ne s'agissait pas, comme dans les interrègnes précédents, de se borner à redresser quelques griefs de la nation, à corriger quelques abus introduits sous le dernier roi. Il était évident que les lois de la Pologne ne convenaient plus à ses mœurs ; cV.tait un nouveau gouvernement qu'il fallait établir. Le vœu des plus sages était de soustraire leur patrie au pouvoir anarchique de la noblesse, en abrogeant cette folie loi de l'unanimité, mais de sauver en même temps la république de tous les dangers du despotisme, en établissant un conseil national pour la nomination de tous les emplois. La plupart des grands en arrivant à Varsovie, se faisaient gloire d'annoncer le projet de ces réformes, et la résolution d'employer tous leurs pouvoirs à vaincre l'attachement insensé de la noblesse pour ses absurdes prérogatives. Mais les Czartoryski, instruits par le mauvais succès de leur dernière tentative, craignaient qu'en publiant imprudemment ce dessein de réformer l'État, on ne mît une se-
conde fois les puissances voisines en garde contre la révolution qu'ils méditaient. Ils éludaient toute espèce de conversation sur ce sujet. Ils se laissaient hautement accuser de sacrifier le bien de leur patrie à leur intérêt actuel, et rédigeaient dans un profond silence les plans d'une constitution monarchique et de réformes bien opposées à celles que le vœu des zélés républicains paraissait indiquer.
Dans ces conjonctures , le comte Wessel, grand-trésorier» proposa de ne point faire d'élection, de n'avoir plus de roi, et de réduire le gouvernement à une grande aristocratie, projet qui devait naturellement séduire une multitude de grands seigneurs attachés à leur indépendance. Tout y paraissait favorable ; la faiblesse de ceux qui prétendaient au trône; le mécontentement que la république avait eu des deux derniers règnes ; tant de troubles successivement renouvelés par les élections ; la résolution prise , depuis longtemps , d'ôter à la royauté la distribution arbitraire des grâces, unique pouvoir qui lui restât encore.
Xll. Opposition des puissances voisines.
Mais aussitôt que l'ambassadeur de Russie et le ministre de Pruîsse eurent vent de ce projet, ils en prévinrent la publicité ; et par des menaces personnelles , Keyserling obligea l'auteur à le renfermer. Ce léger événement conGrma tout ce qu'on avait craint de l'opposition des puissances voisines à toute réforme ; et bientôt, en effet, Keyserling, saisissant cette occasion , déclara conjointement avec le ministre de Prusse, que leurs souverains ne souffriraient aucun changement, quel qu'il fût, à la constitution actuelle, ni qu'on enlevât, disaient-ils, à la noblesse polonaise la moindre de ses prérogatives.