Révolutions de Pologne
L la guerre inévitable. — Précautions mutuelles du roi de Prusse et de la cour de Vienne. — La Pologne cernée de toutes parts.
Le grand-visir eût risqué sa tête en écoutant des propositions de paix ; et si la fermeté du sultan se fût démentie après avoir armé dans tout son empire une multitude fanatique et avide de butin, il eût lui-même risqué sa couronne et sa vie.
Aux approches d'une guerre qu'il était impossible de prévenir, et qui devait influer sur le sort de tant de nations, la conduite de Frédéric II fut digne de son génie. Trente années de travaux, de succès et de gloire, une armée de deux cent mille hommes aguerrie sous ses yeux , et perpétuelle-
RÉTOL. DE POLOGNE. — T. llf. 1
ment exercée sous ses ordres, avec un trésor de plus de cent millions mis en réserve, et sans cesse accru par son économie, le rendaient maître de ne suivre désormais dans toutes les agitations de l'Europeque sa seule volonté. Il ne craignit point d'annoncer hautement ses intentions pacifiques , et le dessein d'éviter soigneusement tout ce qui pourrait étendre plus loin le fléau de la guerre. Toutefois il résolut d'être fidèle à tous les engagements de son alliance avec la Russie, de lui payer annuellement trois millions de subsides, stipulés pour l'occasion actuelle par le traité qui les unissait , et de contenir par la terreur de ses armes quiconque voudrait augmenter les embarras de cet empire. Il écrivit à la reine de Suède sa sœur : « Que les liens du sang et la tendre amitié qu'il avait pour elle ne le détourneraient pas d'attaquer les Suédois , s'ils voulaient profiter de cette occasion pour se venger de leurs anciennes défaites ». De fortes patrouilles tenaient éloignées de ses frontières toutes les troupes errantes des confédérés polonais; mais sans prendre d'ailleurs aucune part aux troubles de Pologne, aGn de ne pas donner aux Autrichiens l'exemple et le prétexte d'y prendre part eux-mêmes, et sans déclarer ouvertement cette espèce de neutralité, afin de ne pas trop rassurer les confédérés, et de leur laisser, par égard pour la Russie, une crainte perpétuelle de voir tomber sur eux toute sa puissance. On sait aujourd'hui, par une confidence de ce prince, que son intention secrète était de laisser la Russie consumer ses forces pendant quelques campagnes , et, pour rapporter ses expressions , « délaisser mater la tzarlne ». Il prévit dès ce premier moment, que son entremise et celle la cour de Vienne dev iendraient enfin nécessaires pour rétablir le calme eu Pologne et la paix entre les deux empires; et, s'occupant à préparer de loin un concert que les ressentiments de cette cour contre lui rendaient si difficile à former, il prit soin de lui faire