‹ Révolutions de PologneChapitre 2 sur 282 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

beaucoup d'avances, il n'épargna rien pour lui inspirer toute la confiance qui peut subsister eutre des ennemis couronnées. Enfin, il rechercha aussi l'envoi réciproque de ministres à Versailles et à Berlin, espèce de rapprochement qui n'avait point eu lieu depuis sa rupture avec la France ; et il se mit ainsi de toutes parts en état de n'être point entraîné par le cours des événements, et d'y donner plutôt lui-même la direction qui conviendrait à ses intérêts.

De son coté la cour de Vienne , en opposition au roi de Prusse , tint une conduite également mêlée de circonspection et de fermeté. Sans crainte pour la plupart des pays de sa domination par une suite de son alliance avec la maison de Bourbon , elle rassembla toutes ses forces dans les seules provinces voisines de la guerre. Près de deux cent mille hommes furent répartis en Hongrie, en Bohême et dans la haute Silésie. Mais elle prit soin de faire rassurer les Turks sur la grandeur de ces préparatifs. Klle leur promit de nouveau la plus strtete neutralité. Elle ne fit pour les confédérés rien de plus que de laisser leurs chefs se rassembler sur ses frontières, et y tenir leurs conseils; ne s'expliquant point en leur faveur, mais évitant de les décourager, et s'occupant au contraire d'entretenir et d'animer leurs espérances. Enfin, pour éviter les discussions dangereuses que pouvaient occasionner l'incertitude des limites dans les provinces qui allaient servir de théâtre aux hostilités, elle fixa les bornes de sa domination par une ligne tracée dans toute la longueur de ses provinces. Des poteaux marqués des aigles autrichiennes furent élevés sur cette ligne, de distance en distance ; et elle fit notifier à la Russie , aux Turks et aux confédérés , que tous les partis qui passeraient les limites désignées de cette manière seraient aussitôt désarmés; sévérité qui fut quelquefois secrètement adoucie en faveur des confédérés.

DÉVOLUTIONS DE POLOGNE.

Ainsi les spectateurs du combat étaient non moins formidables que les combattants eux-mêmes ; et pendant que les armées russes et ottomanes s'assemblaient à l'orient et au midi de la Pologne pour décider par la guerre le sort de cette république , quatre cent mille hommes des meilleures troupes qu'il y eût alors au monde, commandées par d'habiles généraux, sous les ordres de deux souverains ambitieux, dont l'un mûri par une longue expérience de la guerre en avait perfectionné l'art, et dont l'autre dans le feu et l'impatience de l'âge paraissait aspirer à la même gloire, bordaient de l'occident au nord toutes les autres frontières de ce malheureux pays.

II. Retard des hostilités, et situation des confédérés en Pologne.

Déjà la fin de l'hiver approchait, et les hostilités entre les deux empires ennemis demeuraient encore suspendues. Une fausse politique du grand-visir avait arrêté les incursions des Tatars, que ni la stérilité de la saison, ni les neiges , ni les glaces, n'auraient point retenus. Les Russes étaient retardés par la disette des moyens, par la difficulté des préparatifs. La Pologne même, après de si violentes tempêtes, ne paraissait plus que faiblement agitée, quoique les cruautés exercées par les Russes au commencement de cet hiver eussent répandu plus d'indignation que de terreur. Mais les sages conseils quel'évêquede Kamienieç avait fait parvenir à toute la noblesse et aux troupes errantes dans les provinces, de réprimer leur zèle, de se disperser pendant cet hiver, d'attendre, pour achever les confédérations particulières et former la confédération générale, que les Turks fussent entrés en campagne, avaient été généralement suivis.

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