‹ Révolutions de PologneChapitre 100 sur 282 · LIVRE M. t · texte numérisé non relu

LIVRE M. t

comptaient se réunir et prendre avec eux toutes les forces de l'ordre de Malte. Depuis que les propositions vagues de quelques jeunes chevaliers étaient parvenues à Pétersbourg, les Russes n'avaient pas douté un moment de trouver tous les ports de cette île ouverts , tous les chevaliers convoqués , toutes les escadres de cet ordre prêtes à faire voile. La neutralité qu'il venait d'embrasser après de longues indécisions, notifiée enfin à la cour de Russie, était encore ignorée des deux chefs. Le grand-maître refusa l'entrée du port , et offrit seulement que deux vaisseaux vinssent relâcher, s'ils avaient besoin de réparations. Théodore, déconcerté par ce refus inattendu , assembla un conseil de guerre , et y proposa de faire voile vers le Péloponèse. 11 ne doutait pas que la seule apparition du pavillon russe sur cette mer, ne fût dans toute la Grèce le signal du soulèvement. Pendant son séjour en Italie , ce jeune homme avait toujours tressailli d'enthousiasme et de joie à la seule vue d'un Grec du Péloponèse ou d'Athènes ; et dans son impatience de prendre terre sur ces rivages célèbres, il n'écouta aucune représentation , aucun des autres partis qui lui furent proposés. Il donna ordre de prendre aussitôt cette route.

Le jeune négociant de Mykono, devenu pilote-côtier, conduisit la flotte en vue du Péloponèse, vers la petite île Strophade, où les fables de l'antiquité avaient placé le séjour des harpies. Un couvent de moines grecs est aujourd'hui bâtî sur ces rochers. On envoya chez ces moines, qui correspondent perpétuellement avec la presqu'île, s'informer de l'état actuel des affaires.

De sourdes rumeurs avaient enfin donné aux Turks quelque soupçon vague de ce qui se tramait contre eux. Leur inquiétude s'était augmentée à l'aspect d'une frégate inconnue qui, depuis trois semaines, errait sur les côtes des îles

voisines. Toute assemblée avait été défendue aux Crées, tout exercice public de leur religion suspendu, toutes leurs églises fermées. Les Turks, partout en petit nombre, d'autant plus irrités qu'ils avaient jusque-là vécu plus familièrement avec les Grecs de cette contrée, d'autant plus intimidés qu'ils avaient eu et la négligence et l'indulgence de leur laisser quelques armes, ne méditaient dans toutes les villes qu'un massacre général, pour en prévenir le soulèvement. Mais ces hommes amollis n'avaient pas même le courage d'exécuter cette résolution sanguinaire. Ils craignaient que le premier sang répandu n'accélérât la révolte universelle, et que bientôt les Russes ne leur fissent payer cher cette inutile cruauté. Leur consternation enchaînait ainsi leur fureur ; et dans la plupart des villes ils se renfermaient dans les citadelles , et conservaient les habitants comme les otages d'une capitulation plus favorable avec le vainqueur. Dans cette attente générale , les deux peuples virent avec un égal étonnement arriver de l'île Strophade à l'entrée du golfe de Coron , cette faible escadre de Théodore. Elle entra , le 28 février 1770, dans le port de Bétylo, où, la veille, était aussi entrée la frégate qui amenait le détachementde Monténégrins. Les deux frères Mikali vinrent le même jour y conférer avec Théodore. Il leur ordonna de faire aussitôt armer toutes leurs troupes , et avertir tous les autres capitaines , afin qu'ils se rendissent avec la plus grande célérité à Porto- Bétylo. Mais les Maïnotes avaient jusque-là refusé de prendre aucun engagement. Ils avaient exigé des stipulations positives , et surtout qu'on leur présentât un écrit de la propre main de l'impératrice. Théodore crut leur répondre en leur présentant leurs prétendues signatures. Ils virent avec indignation qu'on eût osé les contrefaire. Étonnés de la faiblesse de cette escadre, ils espérèrent peu de cette entreprise. Mais, quel que fût l'événement, sûrs de se défendre

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