‹ Révolutions de PologneChapitre 101 sur 282 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

ensuite dans leurs montagues, ils virent avec joie une occasion d'en sortir, pour y rapporter quelque butin et s'abreuver du sang des Turks. Ils promirent de faire tout ce qui dépendrait d'eux; et malgré la vivacité de ces premières altercations , ils conseillèrent à Théodore de s'avancer aussitôt par terre et par mer vers la citadelle de Coron. Ils l'assurèrent que cette forteresse était dépourvue d'hommes, de vivres, de munitions; tous les canons sans affûts, la garnison dans l'épouvante, ne demandant qu'un prétexte pour se rendre, et qu'il suffirait pour en devenir maître de s'y présenter avec quelques canons. Mais les Russes , en désarmant presque entièrement leurs vaisseaux, pouvaient à peine débarquer cinq cents hommes. Il fallut commencer par descendre à terre quarante caisses d'armes et de munitions apportées pour les Grecs, envoyer dans l'intérieur des montagnes solliciter les chefs des tribus, construire un nombre de galiotes dont la flotte avait apporté tous les bois, et que les mauvais temps et la maladresse des ouvriers russes n'avaient pas permis de construire en mer. Elles étaient destinées à aller chercher dans les îles vénitiennes tous ceux qui voudraient prendre part à cette expédition. Treize jours entiers furent consumés dans ces préparatifs.

Au même moment où Théodore , avec un armement si faible, descendait sur ces côtes , un de ces Grecs qui était venu trouver Alexis en Italie et qui avait reçu ordre de ses concitoyens de se rendre à Pétersbourg, arrivait alors dans cette capitale de l'empire russe, et venait y offrir à la tzarine, au nom de toutes les villes du Péloponèse, de prendre les armes en sa faveur. Mais trop instruits , disait-il, par les exemples du passé, ils craignaient qu'on n'abusât encore cette fois de leur zèle pour la religion, de leur haine contre leurs oppresseurs, et du nom même d'une aussi grande sou-

veraine. Ils demandaient avant de se soulever, qu'elle leur jurât publiquement et solennellement de ne jamais les abandonner, et de ne point faire de paix avec l'ennemi du nom chrétien , tant qu'il ne serait pas entièrement chassé de la Grèce ; étrange députation qu'envoyèrent non loin du cercle polaire, et dans un pays inconnu longtemps encore après les beaux jours de la Grèce, les habitants de cette contrée autrefois si féconde en grands hommes, et toujours si favorisée de la nature, attendant aujourd'hui de ce fond de l'ancienne Scythie et d'un peuple esclave, ce qu'ils nomment leur délivrauce! Leurs propositions même, comme on le voit , étaient simplement conditionnelles, tant ces complots avaient été mal concertés; tant le petit nombre de ceux qui en avaient connaissance s'attendaient peu à une invasion si prochaine ; tant ils se déliaient encore des perfides promesses qu'on leur avait faites. Aussi, aucun mouvement ne se lit alors dans toute l'étendue de la presqu'île. Une escadre si faible ne leur inspirait aucune confiance. Ils sentaient que les Turks, rassurés aussitôt que menacés, auraient partout le temps de se mettre en défense , et d'appeler à leur secours tous les autres Turks des contrées voisines. Théodore, pour diminuer une impression si défavorable, faisait partout publier « qu'il précédait seulement l'arrivée de son frère ; que son frère Alexis, expressément envoyé par la tzarine pour la délivrance de la Grèce , allait paraître avec soixante bâtiments chargés de troupes , d'armes, de munitions et d'artillerie; que les Russes en amenant d'abord dans le Péloponèse si peu de forces, prouvaient que leur unique objet était de rendre la liberté à toute la Grèce ». L'évèque de Monténégro, la croix à la main, et sous l'escorte de quelques Slaves , parcourt les villages de la côte. On met au prix de deux séquins chaque têtedeTurk. Enfin, quelques fanatiques accoururent, les uns séduits par ces promesses, d'autres déterminés

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