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XXIV. La populace des iles vénitiennes accourt dans le Pélo

ponèse.

La nouvelle de la descente des Russes dans le Péloponése, apportée dans les îles vénitiennes, y avait été accueiltie avec toutes les démonstrations de la joie publique ; et malgré les édits rigoureux des gouverneurs vénitiens, aussitôt tout le peuple se déclare et prend parti en faveur des Russes. Ceux-ci font courir des manifestes où il est dit que tous les Grecs dépouillés de leurs biens par les Turks, en quelque temps que ce soit , dans quelque lieu qu'ils se soient réfugiés , dès qu'ils produiront un titre de leur ancienne possession, y seront rétablis. D'autres émissaires promettent le pillage de la Morée à ceux qui viendront en favoriser la conquête. Quelques chefs de cette populace se revêtent d'uniformes russes. Tout s'arme, tout s'embarque, les uns dans les

galiotes russes qui se rendent au rivage , d'autres dans leurs propres navires , d'autres dans les bateaux qu'ils peuvent se procurer. Les défenses les plus sévères n'arrêtent point cette émigration. Ils repoussent les détachements vénitiens envoyés contre eux. Aucun de ces bâtiments n'arbore le pavillon moskovite. Une grande croix en sautoir est le signe de ces nouveaux croisés. Les frégates vénitiennes en saisissent quelques-uns en mer. Elles coulent à fond ceux qui refusent de désarmer. Malgré ces précautions , malgré les édits qui adjugent au dénonciateur les biens des absents, le fanatisme l'emporte. Une multitude de ces insulaires fond sur les côtes du Péloponèse, et, accoutumés à venir dans la belle saison y travailler aux récoltes, connaissant les maisons riches, les contrées fertiles, les chemins détournés, ils se répandent de toutes parts dans les campagnes, chacun armé comme il peut , sans muuitions , sans vivres. Cette multitude dit hautement à ceux qu'elle rencontre , qu'elle n'a pour elle que ce qu'elle peut piller, et que la faim est en droit de tout oser. Les Russes sont obligés de tolérer ces brigandages, et n'ont aucun moyen de ramener la disciphne et l'ordre. Une troupe de ce? Grecs , évadés de l'île de Képhalonie , se jette sur la côte occidentale, et se présente devant la petite ville de Gastouui. La faible garnison turque demande vingt -quatre heures pour capituler ; et cette intervalle lui avant été accordé , elle profite du peu de vigilance de ces misérables assiégants, et se retire la nuit dans la forteresse de Patras. Cette vile populace envoie demander des chefs au comte Théodore ; et ne recevant ni chefs ni ordres, . elle se rend seule maîtresse de eette petite cité, s'y établit, y administre la justice , et s'y empare des revenus publics, Une autre multitude pareille s'échappe de l'île de Zante , et fond sur la ville de Patras, située à peu de distance de la mer. Huit cents Turks , habitants de cette ville, renforcés

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encore do ceux qui s'étaient éva lés de (iastouni, se refusent dans le château avec leurs femmes et leurs enfants, quelques munitions et quelques vivres. On les y somme au nom de l'impératrice de Russie ; mais, reconnaissant sous les prétendus uniformes russes, ces mercenaires zantiotes, accoutumés à venir annuellement de l ile de Zante travailler aux récoltes dans le Péloponese , ils s'indignèrent à la seule proposition de se rendre à la populace. Ils levèrent avec dédain les casques qui couvraient la tête de ces députés zantiotes, et répondirent . « Qu'on nous montre un véritable Russe , et nous ouvrirons les portes de la forteresse ». Les habitants de Patras n'osaient se joindre à une pareille troupe. Ils attendaient pour se soulever quelques secours des Russes. Ils se tenaient renfermés dans leurs maisons, où ils étaient exposés chaque jour aux insultes et à la rapacité de ces étrangers.

Théodore, toujours retenu dans la rade de Coron, par le siège de cette forteresse, ne pouvait répondre que par des promesses et de perpétuels délais à tous ceux qui venaient au nom des différents districts lui demander des vaisseaux, des munitions, des armes , des officiers. Coron continuait de se défendre. La garnison, d'abord composée de gens lâches et inexpérimentés , avait appris pendant une attaque si faible , à mépriser son ennemi ; et le succès de sa longue résistance lui persuadait qu'elle était invincible. Trop peu nombreuse pour hasarder des sorties, elle restait clans ses remparts; et les Russes trop faibles pour hasarder ou une escalade, ou même un assaut s'ils étaient parvenus à faire brèche, travaillaient avec autant de maladresse que d'ignorance, à conduire une mine. Les Turks s'en étant aperçus, cent janissaires déterminés firent une sortie et comblèrent les travaux. Les mécontentements mutuels ne tardèrent pas a éclater entre les Grecs et les Russes On

s'accusait réciproquement de s'être trompés, les uns en exagérant les ressources qu'on trouverait dans leur pays , les autres en exagérant les forces qu'ils amèneraient pour sa défense.

Le chef des Maïnotes, à qui on reprochait d'avoir conseillé ce siège, et qui lui-même reprochait les délais qu'on avait apportés à suivre ce conseil , parlait au général russe avec franchise, et n'était regardé que comme un sujet rebelle. « Vous ruinez les maisons des Grecs, lui disait ce Ma i* note, et vous ignorez l'art de réduire les forteresses des Turks. Vous détruisez nos biens et vous laissez vivre nos ennemis. » Le Russe voulut répondre avec une hauteur insultante ; Mauro lui répliqua : « Eusses-tu à tes ordres toutes les armées de ta souveraine, encore ne serais-tu qu'un esclave ; et moi , chef d'un peuple libre , la destinée m'en rendît-elle le dernier homme, ma tête aurait encore plus de prix que la tienne ». A ce mot, tous deux portèrent la main sur leurs pistolets ; mais l'un s'arrêta par dédain, l'autre par crainte. Enfin, dans ces conjonctures, un vaisseau de soixante canons, une bombarde et deux bâtiments de transport amenant quelques troupes, et annonçant l'arrivée prochaine d'Alexis avec le reste de la première escadre, mirent les Russes en état de faire de nouvelles entreprises. La défense opiniâtre de Coron , qui fermait ce port à la flotte russe dans une saison orageuse, et le peu de sûreté du port de Bétylo, le seul dont on fût maître, déterminèrent à détacher quelques troupes et quelques vaisseaux pour attaquer le port et les châteaux de Navarin, Annibal , général russe, noir de couleur, Africain d'origine, liis d'un nègre de Pierre P r , fut chargé de cette tentative.

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