XXVII. Us Albanais viennent défendre le Péloponèse ; leurs
premières expéditions.
Mais la flotte turque s'avançait vers le Péloponèse ; les Dulcignotcs arrivaient sur leurs navires; et ces formidables Albanais connus pour les meilleurs troupes de l'empire ottoman, étaient près d'entrer dans la presqu'île. Un faible soulèvement des Monténégrins et quelques mouvements des peuples de la Chimère, n'avaient point été capables de les retenir en Épire. Les forces de ceux-là presque détruites avant la guerre, avaient été entièrement épuisées par les recrues qu'on avait tirées d'eux. Les habitants de la Chimère, affaiblis par des recrues pareilles, divisés entre eux, et dont la plupart étaient retenus par le crédit que les Vénitiens exercent dans ces montagnes, firent une légère incursion et furent aisément repoussés.
Les Albanais, saus ennemis dans l'empire^ccoururent donc vers le Péloponèse. Une de leurs troupes se détourne pour fondre sur Missoloughi. Déjà cette ville était déserte. Le député qu'elle avait envoyé au comte Théodore, n'ayant pu obtenir le secours d'un seul vaisseau, ayant vu la faiblesse de l'escadre russe, s'était pressé de retourner dans sa ville, avait assemblé ses concitoyens, leur avait annoncé « qu'après avoirsi imprudemment pris les armes, surs d'être abandonnés, leur unique pensée devait être non une défense
inutile, mais le choix d'un refuge et le salut de leurs femmes et de leurs enfants ». Aussitôt, on court dans les maisons et au port; on charge à la hâte toutes les richesses de la ville dans une trentaine de nr vires qui servaient à son commerce. Mais au moment où on se prépare à faire voile pour quelque pays de la chrétienté^ lesDulcignotes sur leurs barques arrivent à rentrée du port. Les navires grecs se forment en cercle, et pendant une semaine entière se défendent avec un courage opiniâtre. Une proie plus facile attire alors les Dulcignotes ; et quelques-unes de leurs barques s'étant approchées la uuit de fatras, et ayant observé la négligence avec laquelle se gardaient les autres Grecs de cette ville, elles y amènent toute l'escadre de ces pirates. Les navires de Missolonghi profitent de cet intervalle. Une partie fait voile vers les îles vénitiennes ; une autre partie se jette dans la petite île d'Andélico, à peu de distance de leur patrie.
Les Albanais trouvent la ville abandonnée, forment des radeaux, passent à Andélico ; et après y être entrés sur la foi d'une capitulation, ils y massacrent tous ces infortunés. Cependant les Dulcignotes saisissant à dessein l'obscurité de la nuit, descendent sur la côte de Patras. Les Grecs célébraient alors la solennité du vendredi saint. Tandis que ceuxci, dès le point du jour, étaient en foule dans les églises, et que la ferveur de leur dévotion leur faisait oublier tous les soins de la guerre, les Dulcignotes se jettent dans la ville, et mettent le feu aux maisons qui se trouvent sur leur passage. La garnison turque jusque-là renfermée dans le château, en sort avec furie. Turks et Dulcignotes fondent dans les églises. Les Grecs fuient de toutes parts. Ils trouvent leurs maisons embrasées. Les Zantioles se sauvent vers le port, ee précipitent dans cette multitude de barques qui les avaient amenés, et sont rencontrés en mer par d'autres