LIVRE xi
pirates dulciguotes, qui en massacrent la plus grande partie. Les habitants de la ville se dispersent sur les montagnes voisines. En vain le commandant turk, en reconnaissance de la conduite modérée qu'avaient tenue les habitants , fit publier une amnistie pour toui'ceux qui reviendraient ; aucun n'osa se fier k la foi des vainqueurs. La cavalerie albananaise traversait alors sans obstacle l'isthme de Corinthe. Le primat qui y commandait avait appris la faiblesse des Russes, n'avait point reçu les armes qui lui avaient été promises, et n'avait osé se déclarer. Plusieurs milliers d'Albanais entrent dans la presqu'île. Une de leurs troupes tourne vers Patras, achève le pillage de cette ville, et, parcourant la contrée voisine, y met tout à feu et à sang. L'incendie de Patras dura trois jours ; et cette ville, de la plus haute antiquité, n est plus aujourd'hui qu'un monceau de cendres.
Mille cavaliers Albanais s'avancent vers Tripolitza. Ils arrivent peu d'heures après cette troupe de deux mille Grecs et de quelques soldats russes conduits par le jeune négociant de Mykono , qui avaient traîné avec eux quelques pièces de canon et qui travaillaient alors à établir une batterie contre le retranchement dont les Turks s'étaient enfermés. Les Albanais s'étant d'abord jetés dans la ville et joints aux Turks , fondent avec eux sur les assiégeants. Les Grecs s'enfuient , la batterie est abandonnée et les Russes taillés en pièces. Les Turks et les Albanais en rentrant dans la ville, passèrent au fil de l'épée tout ce qui se trouva sur leur route. Plus de trois mille Grecs de tout sexe et de tout âge furent massacrés. Le pacha , après avoir calmé cette fureur, condamna à mort l'archevêque et cinq autres ecclésiastiques , convaincus ou soupçonnés de secrètes intelligences ; et tous les paysans de ces contrées qui s'étaient joints aux assiégeants, vinrent en foule demander grâce au pacha. Les Turks et les Albanais, déjà au nombre de siv
mille, campèrent dans le voisinage de Tripoliiza, d'où ils menaçaient également Navarin, Modon et IMisitra. Dans cette position, le plan du pacha était d'attendre la prochaine arrivée de la flotte ottomane , et aussitôt qu'elle paraîtrait , de se mettre en marche vers la côte occupée par les Russes, en même temps qu'elle tournerait la presqu'île, et leur couperait toute retraite par mer.
Un petit nombre de primats et d'évêques étaient venus trouver Alexis à Navarin. Ils avaient reconnu par euxmêmes combien leurs espérances étaient déçues; et dès lors la plupart des Grecs se retiraient dans les endroits inhabités. D'autres sortaient du Péloponèse pour se réfugier dans les îles. Il ne restait plus à Navarin auprès des Russes que des femmes, des enfants, des vieillards, quelques Maïnotes de la plaine attachés au sort de Renaki , et tous ceux que leur fanatisme trop connu obligeait de suivre constamment le sort des Russes.