‹ Révolutions de PologneChapitre 139 sur 282 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

J. Le divan -recherche l'alliance des cours de Vienne et de

Versailles.

Pendant qu'on fortifiait les Dardanelles et que ces travaux précipités éloignaient le péril qui avait menacé la capitale , on chercha des secours pour la continuation de la guerre. Le divan, gouverné , sous un prince religieux , par les décisions des gens de loi, avait jusqu'alors fermé IV reille à toute proposition d'alliance. Soigneux d'écarter tout ce qui aurait rendu la guerre plus animée et la paix plus difficile , ces interprètes des livres sacrés avaient soutenu que la loi mahométane défend tout recours à des étrangers, lorsque les musulmans peuvent se suffire à euxmêmes. Ramenés par l'épouvante à une plus saine politique, ils décidèrent que le moment était venu où les maximes religieuses permettaient de rechercher des secours étrangers. On proposa donc un traité d'alliance aux cours de Vienue et de Versailles ; et dans le dessein de former plus promptement une nouvelle escadre, on sollicita de la France la vente de quelques vaisseaux ; on lui offrit pour prix de cette complaisance la restitution des Lieux saints aux catholiques, et d'autres objets auxquels le gouvernement français avait, dans les anciens temps, attache une grande impor-

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tance. Mais à cette même époque un nouveau désastre acheva d'accabler l'empire ottoman.

N. Suite des entreprises des Eusses.

Des trois autres entreprises que les Russes avaient faites, Tune par la Géorgie, l'autre par les embouchures du Tanaïs, l'autre par le pays des Tatars, la première, il est vrai, avait entièrement échoué. La Géorgie, située au midi du mont Kaukase, est divisée entre deux souverains, tributaires l'un des Persans et l'autre des Turks. Celui qui dépend de la Perse avait, depuis que ce royaume était déchiré par des guerres civiles, cherché la protection des Russes ; mais on ne lui avait donné jusqu'alors que de perfides secours, trop faibles pour l'affranchir d'un joug étranger, suffisants pour l'asservir peu à peu au joug nouveau qu'on espérait lui imposer. On n'avait même permis à aucun Géorgien de s'instruire en Russie dans les arts militaires. Ce fut par cette contrée qu'une armée de trois ou quatre mille Russes, conduite par un général étranger, et ne doutant pas de se faire joindre par les troupes géorgiennes, entreprit d'attaquer les provinces de la Turquie asiatique , et de s'avancer en face de Constantinopie sur l'autre rivage du Bosphore. Mais cette petite armée était totalement dépourvue d'argent, de munitions et d'artillerie. Ces peuples ne se trouvèrent point en état d'en seconder les efforts; il ne fut possible ni d'emporter les moindres forteresses, ni même d'ébranler la fidélité de l'autre royaume soumis à la Porte Ottomane ; et le pacha de Trébizonde , quoique révolté lui-même contre le grand-seigneur, en se défendant d'un coté contre le*

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Turks , repoussa de l'autre , la petite année russe qui se hasarda dans son gouvernement.

III. Combien est importante pour l'empire ottoman la navigation de la mer Soire.

La flotte qu'on armait dans le port d'Azof à l'embouchure du Tanaïs , et qu'on devait conduire au travers des Palus-Méotides jusque sur la mer Noire, pouvait être plus dangereuse pour l'empire ottoman et pour la ville même de Constantinople , que l'autre flotte amenée de si loin jusque sous le feu des Dardanelles. En effet, toute la sûreté de cet empire tenait au soin qu'il avait eu de dominer seul sur tous les rivages de la mer Noire. Si les navigateurs l'ont redoutée dans tous les siècles, et si de fréquents naufrages ont toujours justifié leur effroi, il faut cependant remarquer que ses eaux se versent avec impétuosité dans le Bosphore, sur lequel Constantinople est bâtie ; que les vents du nord , ordinaires en ces climats , peuvent , en moins de soixante heures , amener de ses extrémités à l'entrée de ce détroit : et qu'à peine en a-t-on franchi le passage , le sérail et la ville même de Constantinople se présentent en point de vue dans le lointain. Deux faibles forteresses défendent cette entrée ; mais les vaisseaux, entraînés par la double force du courant et du vent, peuvent traverser aisément le feu de ces mauvais châteaux , et venir en peu d'heures mouiller au pied du sérail. Ainsi, cette violence des courants, et cette constance des vents du nord, obstacles que la nature s'est plu à réunir pour la défense des Dardanelles , se réunissent au contraire pour favoriser les navires qui arrivent de cet autre côté , et leur faciliter l'accès de cette capitale. Une foule d'événements attestent la grandeur de ce péril.

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C'était par cette mer, et en sortant des embouchures du Borysthène, que les anciens Russes venaient, sur des flottes de deux mille barques, menacer autrefois cette métropole de l'empire d'Orient. Les Génois , dans le temps où ils étaient maîtres de quelques ports sur ces rivages, ont, malgré la faiblesse do leur république, fait trembler les empereurs grecs. Les Rosaks de l'Ukraine, avant qu'ils fussent contenus par les forteresses bâties aux embouchures du Borysthène , et depuis ce temps encore , quand ils se furent rendus maîtres de la ville d'Azof, se sont fait redouter jusque dans les murs du sérail. Ces fameux empereurs ottomans, véritables fondateurs de cet empire, les Mahomet II et les Sélim , occupés d'assurer de toutes parts leur domination nouvelle , avaient eu soin de ne laisser sur les bords de cette mer aucun peuple qui ne fut soumis. Mais depuis la fin du dernier siècle , la liberté d'y naviguer était devenue l'objet de l'ambition des Russes. Deux fois ils s'étaient emparés de cette même ville d'Azof, deux fois ils avaient été obligés de restituer cette conquête . On avait enfin stipulé que cette ville serait rasée et son port détruit. Mais l'incroyable négligence que portaient aujourd'hui les ministres turks dans toutes les parties de l'administration avait laissé les Russes, au commencement de cette guerre, s'emparer de ces ruines, occuper ce port pour la troisième fois; et aussitôt ils y avaient fait descendre tout ce qui restait encore de leurs anciens armements sur le Tanaïs. Les eaux de ce fleuve , répandues hors de ses rivages , dans ces lieux depuis longtemps inhabités, se trouvèrent partout si basses , et leur lit si encombré de sable et de vase , que les navires y demeurèrent enfoncés. On ne connaissait plus les sondes des différents passages. Le vice-amiral qui devait conduire cette expédition revint à Pétersbourg se plaindre qu'il n'avait trouvé ni agrès , ni cordages , ni munitions de

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