‹ Révolutions de PologneChapitre 140 sur 282 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

guerre, ni aucun homme assez intelligent pour le seconder; et les espérances qu'on avait fondées sur cet armement furent remises à Tannée suivante , si la guerre durait encore.

IV. Les petits Taiars; leur origine, leurs mœurs, leur gouvernement et leur situation.

Mais l'entreprise sur le pays des Tatars ouvrit enfin aux Russes un accès vers cette mer: accès plus commode pour leur navigation et plus dangereux pour l'empire ottoman que ne l'eût été leur établissement sur les Palus- Méotides. Car les Turks , en restant maîtres du détroit qui communique de ces Palus avec la mer, et en s'y fortifiant , comme ils l'avaient fait au commencement de ce siècle , auraient pu rendre la possession d'Azof inutile ; mais celle des rivages qu'occupaient les Tatars allait assurer aux Russes des avantages inappréciables et qui pourraient également ou satisfaire ou accroître leur ambition. Le nom de liberté fut employé pour séduire les Tatars , comme il l'avait été pour séduire les Grecs. Mais tout était différent entre ces deux nations, Russes et Tatars.

Ces peuples pasteurs et belliqueux, connus en Europe sous le nom de Petits Tatars, qui occupaient alors toutes les cotes septentrionales de la mer Noire, sont un reste des armées de Genghiskau ; et de nos jours encore, ils avaient pour souverains les descendants du fils aîné de ce conquérant. Ils sont issus de cette race antique qui habite, de temps immémorial, de vastes plaines au centre de l'Asie, d'où ses essaims innombrables ont si souvent inondé le monde. On sait, et nous avons déjà eu occasion de le rappeler à nos lecteurs, que toutes les nations tatares, dans leur barbarie primitive, regardent l'habitation des villes comme une dc-

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gradation de l'espèce humaine, et n'ont point d'autre habitation que des tentes, d'autres richesses que leurs troupeaux, d'autres remparts que leur courage. Rappelons encore ici que la nécessité de conserver toujours autour d*eu\ uue immense étendue de pâturages, ne leur laisse souffrir aucun voisin, et que, malgré la fainéantise habituelle de cette vie pastorale, ils sont dans un état perpétuel de guerre contre toutes les nations qui les approchent. Ils doivent en effet s'environner de solitudes, où ils puissent nourrir d'innombrables troupeaux, et changer de campement suivant les différentes saisons de l'année. Ils ne combattent qu'à cheval ; et ce fut dans tous les siècles la plus rapide cavalerie connue dans l'univers. Leurs plus nombreuses armées sont autant de troupes légères, qui ne traînent jamais avec elles ni bagages, ni vivres, ni munitions; qui traversent à la nage les fleuves les plus impétueux , franchissent les montagnes les plus escarpées, aussi promptes dans leurs fuites que dans leurs incursions; formées à une subordination sévère par le respect de chaque troupe pour son chef particulier, et de ceux-ci pour leur chef suprême; observant dans leurs retraites simulées, dans leurs attaques tumultueuses, dans cette inconcevable promptitude avec laquelle elles se dipersent ou se rassemblent, un ordre que nos plus savantes disciplines n'ont point encore atteint. La dévastation suit leurs armées; et ils se vantent « que l'herbe ne doit plus croître où ils ont passé en ennemis ». Leur vie errante ne leur permettant pas d'être partagés, comme nous le sommes, en citoyens d'une même ville, en habitants d'une même province, ils le sont en tribus. Lin Tatar regarde comme sa patrie la horde vagabonde dans laquelle il est né. Ces hordes ou tribus obéissent de génération en génération aux mêmes familles; et chacune de celles-ci reconnaît pour chef le plus vieux de sa lignée. Les traditions généalogiques tiennent

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