‹ Révolutions de PologneChapitre 151 sur 282 · LIVRE XII. 2.ÏI · texte numérisé non relu

LIVRE XII. 2.ÏI

avec le général russe; mais le. jour que leur sédition éclata, les Russes ne se trouvèrent point en état de l'appuyer, comme ils Pavaient promis. Les mutins furent hachés en pièces par les Arabes; et les Russes apprirent avec chagrin que, pour se rendre maîtres de la place, ils devaient l'assiéger dans les formes. La peste était dans cette ville, dont ils venaient tenter la conquête. Beaucoup d'habitants en. avaient fui, par la double crainte de la contagion et du siège. Les marchands, tous ceux des bourgeois qui n'étaient pas janissaires, s'étaient retirés à Oczakow ; et la plupart des troupes, soit pour éviter la contagion, soit pour se renfermer d'autant plus tard dans des ouvrages trop étroits, campaient dans des retranchements hors des murailles. Un grand nombre de Moldaves , sujets du kan des Ta tars , s'y étaient cependant jetés, la plupart de connivence avec les Russes, et résolus de repasser durant le siège, pour apporter aux Russes les nouvelles de tout ce qui se passerait dans la ville.

On attaqua et on se défendit des deux côtés avec une extrême bravoure, mais avec une égale ignorance dans l'art d'attaquer et de défendre les places. Les Russes envoyaient sur la ville beaucoup de bombes, dont la plupart éclataient ou s'éteignaient en l'air. Leurs boulets passaient de l'autre côté de l'enceinte , et retombaient dans l'autre partie de leur camp Les Turks tiraient non moins inutilement sur les travailleurs. Mais les sorties étaient vives et meurtrières. Les transfuges moldaves donnant avis de tout ce qu'on préparait dans la place , chaque sortie était prévue par les assiégeants , et ne devenait sanglante que par l'intrépidité des assiégés. Des troupes de femmes suivaient toujours la garnison , armées de longs crochets pour attirer à elles les cadavres dont elles enlevaient les têtes ; et les combattants, qui leur laissaient ce soin , étaient animés au car-

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nage par la certitude de la récompense, sans être distraits du combat par le soin de se l'assurer. Les Russes, en avançant leurs tranchées , se trouvèrent au milieu d'un cimetière rempli de corps fraîchement enterrés , et qui portaient tous les symptômes de la peste. L'obéissance l'emporta sur l'épouvante; et la tranchée traversa ce cimetière. On nes'a- . perçut pas que cet accident eût porté la contagion dans l'armée. Mais elle ne tarda pas à se manifester parmi ces transfuges moldaves qui sortaient successivement de la ville ; le soin qu'on avait eu , par la méfiance d'une double trahison , de leur assigner des quartiers éloignés du camp, servit à ralentir ce funeste progrès. Pendant que le fléau qui désolait la ville assiégée , commençait à environner les assiégeants, on apprit que l'armée ottomane avait réussi à passer le Danube , et que la seconde armée russe, destinée à couvrir le siège, se trouvait elle-même dans la situation la plus périlleuse.

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