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HEYOLITIONS DE POLOGNE.

suivant l'usage asiatique, conservé chez ces Tatars, abordant les chefs de tribus, des présents à laimain,leur dirent : « Que les Russes faisaient la guerre aux seuls Turks; que la tzarine voulait rendre aux Tatars leur ancienne indépendance, et la libre élection de leurs kans ; que s'ils ne s'armaient point contre les Russes, les Russes ne commettraient contre eux aucune hostilité; qu'au lieu de ravager leurs champs, d'enlever leurs moissons et d'égorger leurs bestiaux , l'armée russe achèterait d'eux tous ses vivres, et qu'ils avaient à choisir entre leur fortune et leur ruine », On confiait à chaque chef en particulier, que la plupart des autres avaient déjà prêté l'oreille à ces propositions ; et une des plus grandes habiletés de celui qui conduisait ces intrigues fut de semer la défiance entre ces familles errantes et dispersées. Par une singularité remarquable, c'était ce même Tatar qui, dans un dessein bien opposé, avait fait éclater la guerre entre les deux empires ; ce même Iakoubaga que nous avons vu attirer, dans la petite ville frontière dont il était gouverneur, une incursion des Russes, en accroître le désordre, et mettre, de sa propre main, le feu à sa ville, afin de rendre irréparable cette violation du territoire ottoman. Ce Tatar, sans noblesse et sans fortune, issu d'une horde étrangère , parlait , comme sa langue naturelle , toutes les langues de ces contrées ; toujours mêlé dans les plus importantes affaires de ce pays, toujours employé , pendant le règne de Krim-Gueray, soit dans les provinces russes, soit dans les provinces polonaises, pour en reconnaître la situation , espion adroit et audacieux, ayant traité avec tous les hommes en place dans ces proviuces, parvenu à se faire choisir pour secrétaire-interprète du kau, enveloppé ensuite dans la disgrâce de son maître, devenu, en allumant cette guerre, l'instrument de son rappel, et, par la constante faveur de ce prince, toujours accrédite auprès des tribus de la

MVRF. xir.

Bessarabie, qui avaient été ses tribus favorites. Le bruit que lui seul était l'auteur de cette guerre généralement odieuse aux Turks et entreprise sous de malbeureux auspices, commençant à se répandre, il sentait qu'il avait tout à craindre de leur ressentiment. Il n'avait trouvé aucun accès auprès du nouveau kan, ennemi de la branche à laquelle il s'était donné. S'il avait toujours été fidèle à son premier maître, il n'avait réellement aucune patrie; et, toujours près d'arriver à une haute fortune, toujours renversé de ses espérances, il embrassait, sur ses vieux jours, avec une nouvelle ardeur, en se donnant aux Russes et en travaillant à la défection des Tatars l'espoir d'une élévation qui lui avait si souvent échappé.

L'armée russe n'éprouva donc aucun retard ni même aucune inquiétude dans sa marche , jusqu'à la vue de Bender, qu'elle venait assiéger. Elle fit un grand détachement pour couvrir son flanc gauche, masquer la ville d'Oczakovv, qu'elle devait assiéger ensuite, et contenir les Tatars de Krimée. Ceux-ci , au nombre de cinquante mille , rencontrèrent ce détachement a la sortie de leur presqu'île. Le nouveau kan était à leur tête. II s'était rendu directement de Constantinople en Krimée. Les Russes avaient eu soin de publier dans l'Europe entière , par tous les organes qui leur étaient vendus , qu'ils étaient entrés en négociation avec lui ; et ce bruit revenant de toutes parts aux Turks , les avait mis en déGance contre un prince qui les servait avec lidélité. Il repoussa le détachement russe, et prenant par le bas Dniester, suivi de ces cinquante mille Tatars , il traversa ce fleuve à la nage , et se rendit dans la Moldavie turque pour faciliter à l'armée ottomane , qui devait venir au secours de Bender et des autres places assiégées , le passage du Danube , et se joindre à cette armée.

RÉVOLUTIONS DK POLOGNE

MÎI. Siège de Bender.

L'investissement de Bender fut formé le 2G juillet, après que les Russes eurent repoussé dans les faubourgs la garnison, qui se porta avec une extrême bravoure contre les troupes avancées, et qui avait d'abord obtenu quelque avantage. Bender, ainsi nommé, d'un motturk qui signifie passage , et qui se nommait autrefois Tizène, est bâti, dans un coude que forme le fleuve Dniester, et où il est facile de le traverser. Une ancienne voie romaine, qui conserve encore de nos jours le nom de voie trajane , et qui part en effet du pont que l'empereur Trajan avait construit sur le Danube, vient se terminer, après avoir traversé toute la Moldavie , à ce passage du Dniester ; ce qui paraît indiquer cette ville comme l'ancien séjour d'une colonie romaine , ou du moins d'une légion établie dans ce lieu , que son assiette rend propre à la défense de toute la contrée. Un vieux château de pierre occupe le centre de la ville. Tout le reste est bati en bois. Les fortifications , mal entendues et dirigées par des ingénieurs ignorants , avaient été réparées dès le commencement du règne actuel, et mises dans le meilleur état dont elles fussent succeptibles. Les munitions de guerre et de bouche y étaient en abondance : et le sultan avait pris soin d'y faire passer, dès la lin de la campagne dernière, un nombreux corps d'Arabes, d'une fidélité et d'une bravoure éprouvées. Ces étrangers contenaient les janissaires bourgeois de cette ville, que la crainte d'être emportés de vive force, de voir leurs maisons écrasées sous les bombes, leurs campagnes ruinées, leurs femmes tombées au pouvoir du vainqueur, aurait pu engager à se rendre. Ceux-ci , en effet , étaient entrés en intelligence

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