‹ Révolutions de PologneChapitre 153 sur 282 · LIVRE Xll · texte numérisé non relu

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sans défense, des champs incultes, des villages ruinés, un peuple attaqué de la peste.

Cette armée russe avait été moins favorisée que celle de Panin ; on avait laissé au général le soin de la pourvoir de tout en Pologne. Un grand nombre de nouveaux soldats qu'elle aurait dû recevoir de Russie avaient déserté. D'autres, dans une si longue route, étaient morts de fatigue et de misère. Une contagion, qui n'était pas encore la peste, y régnait avec fureur ; soit par une suite de la malpropreté naturelle au soldat russe, à qui la rigueur de son climat rend moins nécessaires les précautions de ce genre, et qui en descendant vers des climats tempérés, ressent les funestes inconvénients de cette négligence ; soit par l'entassement des troupes dans les misérables chaumières des paysans polonais ; soit enûn par le manque de ces bains d'étuve auxquels tous les Russes sont habitués, et dont il est souvent impossible qu'ils fassent usage dans les camps. Cette armée était donc réduite à vingt-trois mille hommes de troupes réglées , et à un moindre nombre de troupes légères. Roumianzoff la commandait. Ce général devenu célèbre par d'éclatants succès, et qui a mérité parmi les Russes le plus brillant titre d'honneur, le surnom de trans-danubien, avait parmi les Russes mêmes une réputation équivoque. Jamais il ne s'exposa au péril par un mouvement de bravoure naturelle. Ses résolutions les plus hasardeuses furent toujours dictées par les ordres de sa souveraiue, et presque toujours par des ordres réitérés et menaçants. Il semblait que la crainte de la disgrâce fît seule toute son audace. Avec le petit nombre de troupes auquel son armée était souvent réduite, il croyait impossible d'exécuter les entreprises audacieuses imaginées, par une femme à quatre cents lieues du théâtre des hostilités, et qui avaient pour première base des relations de succès que la vanité et la flatterie avaient exa-

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gérés; et depuis l'instant où l'espoir de la paix commença de luire, il ne cessa de la souhaiter, de la recommander, impatient de quitter les embarras et les dangers d'un tel commandement , pour aller jouir dans le tranquille gouvernement d'une province ou plutôt dans une agréable indolence, de l'immense fortune acquise par ses extorsions et ses rapines. Si on s'attachait à le bien faire connaître , on pourrait dire que c'était encore de nos jours un vrai Moskovite du temps et de la cour de Pierre I er . Sa mère, toujours en crédit pendant huit règnes, était un de ces vieux oracles de cour formés par un long usage du palais, à qui le souvenir du passé donne la connaissance du présent et la prévoyance de l'avenir, et dont la considération , accrue par le respect dû à l'Age, impose enfin quelques égards aux souverains euxmêmes. Roumianzoff avait reçu d'elle les opinions qui régnaient au temps de Pierre I er ; c'est-à-dire, le mépris de l'ancienne nation russe et l'admiration des talents étrangers. Ce général, au milieu de ses propres succès, disait aux Russes : « Vous ne les devez qu'aux lumières des étrangers , et aux terreurs paniques des Turks. Je vous défie de citer une * seule action dont l'honneur appartienne à un Russe. Nous savons nous approprier la gloire des étrangers, sans qu'aucun de nous ait le courage de les imiter ». Mais, par un contraste bizarre, ces mœurs russes, qu'il semblait détester, dominaient en lui. Dépourvu de tout sentiment d'honneur, de tout principe d'humanité, avide jusqu'à la plus lâche rapacité , négligent jusqu'à l'abandon de tout soin de luimême , altier jusqu'à l'insolence, insociable et mélancolique, souvent farouche et inabordable, s'enfermant six mois entiers sans voir qui que ce soit, mais sachant à propos reparaître à la cour, sous l'appui de sa famille, et y prenant tout l'ascendant que ce caractère dur et atrabilaire doit nécessairement donner sur des courtisans faibles et lâches,

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quand celui qui le possède a d'ailleurs de grands appuis auprès du souverain. Les Russes , à qui il était odieux , le voyaient avec regret parveuu au commandement de l'armée ; ils l'accusaient de frémir au seul bruit du canon. Les étrangers, objets perpétuels de ses éloges, le traitaient avec moins de haine. Mais ses vices ne tardaient pas à le taire détester, par ceux mêmes qu'il avait le mieux accueillis. Il suivait leurs conseils, il exaltait leurs lumières, en haine de sa nation; mais bientôt il les opprimait par une suite de ces mêmes mœurs russes auxquelles il s'abandonnait, et de cette humeur farouche qui lui était propre. 11 avait commandé sans aucune gloire dans la guerre contre le roi de Prusse ; mais il avait quelque habitude de la guerre et du commandement. Il avait sous ses ordres une armée obéissante, accoutumée aux périls et aux fatigues, qui avait pris dans les événements de la campagne précédente un juste mépris de son ennemi, et dans laquelle se trouvait un grand nombre d'officiers étrangers, formes dans toutes les armées et toutes les guerres de l'Europe.

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