X. Elle s'avance en Moldavie contre V armée turque
et tatare.
Roumianzoff reçut de Pétersbourg un ordre absolu de rentrer en Moldavie , et de s'avancer sur les bords du Danube pour en défendre le passage à l'armée ottomane. Celle-ci, sans y comprendre même celle du kan des Tatars, était de cent cinquante mille hommes, mais dont la plus grande partie n'avait aucun usage des armes. Il y en avait peu qui eussent servi pendant la dernière campagne. Ceux qui l'avaient faite comme volontaires, rebutés de tant de fatigues et de désordres, n'avaient point eu cette année le
DÉVOLUTIONS DE POLOGNE.
même zèle. Ils étaient remplacés par d'autres multitudes de volontaires qui voyaient un camp pour la première fois. Halil , nommé grand-visir après la dispersion des Turks au commencement du dernier hiver, était fils d'un ancien grand-visir, justement renommé pour avoir remporté, il y avait alors trente ans, la dernière victoire qui eût illustré les armes ottomanes. Le fils avait accompagné son père dans cette glorieuse campagne ; et depuis ce temps, revêtu de quelque vaine dignité du sérail, il faisait son séjour ordinaire à Constantinople, où sa douceur et son affabilité, au milieu d'une grande fortune, le faisaient généralement chérir. Pendant que l'empereur, indécis sur le choix d'un grandvisir, consultait les vieillards de son conseil, il avait de luimême envoyé Halil conduire à Bender et à Oczakow les nouvelles garnisons destinées pour ces deux villes. Le peuple, se rappelant alors les victoires du père , avait pris en bon augure ce commandement donné au fils; et, dans l'indécision où se trouvait le sultan, les gens de loi qu'il consultait lui avaient proposé la nomination d'Halil, sans autre raison que cette faveur populaire , fondée sur un nom d'heureux présage. Ce grand-visir, aimé dans Constantinople, se faisait également aimer des troupes, par des vertus plus propres à la paix qu'à la guerre.
Le pont sur le Danube, réparé depuis quelques semaines, était prêt pour le passage de l'armée ; mais après une saison pluvieuse, le Danube s'était débordé au loin hors de ses rives, et cette inondatiou rendait le pont inaccessible. Quelques faibles détachements traversaient le fleuve dans des bateaux. Un de ces petits corps s'était rendu dans la capitale de la Valaquie, et y avait rétabli sans obstacle l'autorité du grand-seigneur
Ce retard donna le temps aux Russes de s'avancer dans la Moldavie ; mais alors l'armée du kan des Tatars , en