LIVRE
des troupes plus nombreuses ; il ne cherchait point à s'approprier tout succès et toute gloire. Il employait souvent son industrie et son audace à procurer des secours aux autres chefs. 11 osa plus d'une fois venir jusque dans V arsovie chercher de l'argent et des recrues. Cette ville étant environnée de grandes forêts, il s'en approchait par le plus épais des bois , laissait sa troupe à quelque distance , entrait sous quelque déguisement, et faisait passer aux confédérés des recrues enrôlées sous les yeux mêmes de la cour et des Russes. Un dénombrement fait dans cette capitale en 1 769, prouva que deux mille pères de famille avaient abandonné leurs femmes et leurs enfants pour se joindre aux confédérations.
Bierzynski avait dans ce même temps plus de réputation encore. C'était un gentilhomme du palarinat de Sieradz, d'une fortune médiocre, souple avec les grands, fanatique avec la multitude. Il portait toujours suspendue au cou une grande croix ; il la prenait en main pour exhorter la petite noblesse à tout sacrifier pour la religion ; mais il n'était véritablement ni fanatique, ni citoyen : c'était l'émissaire d'un grand seigneur polonais attaché à la maison de Saxe, et qui, habitué depuis son enfance aux viles intrigues de la dernière cour, cherchait à former dans les confédérations un parti dont la vieille électrice de Saxe pût disposer. Il tachait même *de rendre ce Bierzynski un des principaux chefs des confédérations; et afin qu'elles ne reçussent d'impulsion que de cette princesse, il voulait réunir sous l'autorité de cet émissaire tous les autres maréchaux. Bierzynski faisait par un lâche dévouement à ce protecteur, ce qu'il paraissait faire par zèle pour sa patrie. Ses troupes marchaient toujours en désordre, elles étaient souvent dispersées; mais ce faux enthousiasme qui lui tenait lieu d'éloquence, lui servait toujours à rassembler une nouvelle troupe, à prendre quelque au-
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torité sut d'autres maréchaux : et il avait toute la dureté d'âme nécessaire pour mettre sans aucune pitié les villages à contribution, et laisser ses soldats s'enrichir de butin.