‹ Révolutions de PologneChapitre 15 sur 282 · XI. État des Russes en Pologne. — Sawa Çalinski · texte numérisé non relu

XI. État des Russes en Pologne. — Sawa Çalinski

Les Russes, au contraire, s'étaient fortifiés dans tous les postes importants. Ils étaient maîtres de tous les passages des grandes rivières. La jonction de leurs différents corps, contre les troupes éparses des confédérés était toujours, prompte et facile. Un général habile, expérimenté, plein de finesse et de ruse, chargé de conduire cette guerre, résidait dans la capitale du royaume. C'est là que tous les avis luiétaient adressés. C'est de là qu'il envoyait tous les ordres. Une subordination sévère établissait un concert unanime entre tous les détachements, qui, d'un poste à un autre, de ville en ville, de province en province, correspondaient avec célérité, se relevaient mutuellement, marchaient sans aucun embarras, se séparaient ou se rejoignaient avec une incroyahle rapidité, tenaient ainsi tout le royaume en alarme ; et le comte Weymarn , c'était le nom de ce général, placé au centre du royaume, dirigeait seul tous leurs mouvements. 11 était l'ame de ce corps immense. Les exactions mêmes des. Russes semblaient moins odieuses que celles des confédérés. Ils paraissaient, dans leurs brigandages, exercer chez une nation ennemie le droit rigoureux de la guerre. Leurs cruautés avaient pour prétexte la nécessité de contenir toute cette nation par la terreur. Quelques troupes de confédérés parvinrent cependant à se rendre redoutables.. 11 y eut, dans, le courant du seul mois d'avril, treize combats dont cinq à leur avantage, six à l'avantage des Russes, et deux dont chaque parti s'attribua la victoire. Les Russes publièrent que dans ces treize combats, les confédérés avaient eu on/e cents hommes tués, et deux mille prisonniers ; et qu'eux au contraire n'avaient eu que trois hommes tués et vingt-neuÇ

blessés. Mais, en supposant cette relation exacte, il fallait y ajouter que daus la plupart de ces combats, les Polonais n'eurent à opposer à la mousqueterie des Russes et à leur artillerie, chargée à cartouche, que deux ou trois coups de fusil.

Parmi ceux de leurs chefs qui se distinguèrent le plus à cette époque, et dont quelques-uns parvinrent enfin, malgré tant d'obstacles, à faire espérer ou craindre la prochaine délivrance de leur patrie, on nommait avec honneur Sawa, nom redouté depuis plusieurs générations parmi les brigands qui infestent la frontière d'Ukraine. C'était un officier kosaque ; et cette nation sans écrivains et sans histoire, conservant encore l'usage des anciens peuples d'immortaliser ses héros par des romances et des chansons populaires, Sawa et ses ancêtres, par leurs victoires sur les Haydamaki» avaient donné plus d'un sujet à ces chants de triomphe. Les Polonais avaient depuis longtemps promis la noblesse à cette famille, mais les désordres du dernier règne et la rupture de toutes les diètes avaient empêché l'accomplissement de cette promesse ; et tandis qu'à la faveur de ces mêmes dé«* sordres, une foule de gens sans mérite et sans nom avaient usurpé la noblesse, ceux qui ne voulaient devoir cet honneur qu'à des titres légitimes, n'avaient eu aucune voie pour y parvenir : l'éclat même qu'avait acquis le courage de cette famille lui avait fermé tous les chemins obscurs et douteux. Sawa, depuis le nouveau règne, toujours attaché au parti opprimé, n'avait pu réclamer les récompenses promises à ses, ancêtres. Il voulait les mériter par lui-même» en travaillant à rendre libres les citoyens dont il espérait devenir l'égal. Une troupe brave et nombreuse s'était attachée à sa fortune ; et l'espèce d'avantage qu'il se proposait d'acquérir, le garantissait de cette ambition inseusée qui perdait tant de chefs de confédérations. Il joignait volontiers sa troupe à

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