XXV. Conduite de la cour de Vienne à Cieszyn, vis-à-vis du
conseil- général.
Une plus grande difficulté vint aggraver encore toutes celles que le conseil-général éprouva dans les premiers temps de sa réunion. Ceux qui le composaient s'étaient réfugiés dans la ville de Cieszyn (Teschen), en Silésie, sous la domination autrichienne; et tout ce qu'ils avaient délibéré entre eux, ils venaient le ratifier solennellement à Biala (Bilitz), sur la limite polonaise. Mais la cour de Vienne, en leur donnant asile, n'exprimait pas ses intentions. Il y avait dans ses procédés à leur égard une alternative de condescendance et de sévérité qui tenait à son indécision, et au désir de montrer quelques ménagements pour la Russie. En même temps qu'elle souhaitait de multiplier les embarras de la tzarine , la cour autrichienne attendait en silence les événements, n'exprimait aucune volonté, n'annonçait ni désaveu
ni protection , donnait secrètement de vagues espérances aux confédérés, ne recevait leurs chefs que sous le nom de simples particuliers, et ne se permettait aucune démarche publique, ni même de donner en leur faveur aucun ordre sur les frontières. Les confédérés étaient donc abandonnés aux caprices des gouverneurs, et à l'interprétation que chacun d'eux croirait pouvoir donner à la conduite du ministère. Celui de Cieszyn les inquiétait sur ce qu'ils y tenaient des séances publiques ; il prétendit que cette publicité était contraire à la neutralité que la cour observait.
L'espérance d'une plus grande liberté sur les frontières de Hongrie, où la domination autrichienne n'a pas encore éteint parmi la noblesse tout souvenir de ce qu'elle fut autrefois, et l'intention de tromper les efforts que faisaient alors les Russes pour couper la communication de Biala avec la Pologue , une plus grande facilité de correspondre avec les Turks, dès que ceux-ci reprendraient quelque avantage, déterminèrent le conseil des confédérés à choisir la ville d'ftpériès en Hongrie , séparée de la Pologne par des montagnes , dont plusieurs corps polonais occupaient les détilés et les hauteurs. Il se rendit dans cette ville, et l'un des camps voisins devint le lieu principal de ses séances.
XXVI. Entretien de V empereur Joseph II avec des membres du conseil général de la confédération.
Quelque temps après, l'empereur Joseph II, passant à Épériès, eut des entretiens avec le comte Paç et d'autres chefs de la confédération. Ils lui furent présentés dans une assemblée qui se tenait chez l'un des magistrats de la ville. Paç , en conversant avec ce jeune prince sur divers sujets , après avoir cherché ou saisi les occasions de lui parler des
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affaires de la Pologne, finit par lui demander une audience pour en conférer plus au long. Le lendemain , en effet , l'empereur reçut le comte Paç , l'évêque de Ramienieç et deux ou trois de leurs collègues. Cette audience commune fut très-courte ; mais un entretien particulier entre Joseph et Paç dura près de deux heures. Le prince s'informa fort en détail de l'état de l'administration publique en Pologne , des droits de la confédération , de ses moyens et de ses vues. « Pourquoi , dit-il au comte , ne me demandez-vous pas la liberté de vos sénateurs, arrêtés par Repnin? .> Paç répondit « qu'il s'occupait des intérêts généraux de la patrie, avant de songer à ceux des particuliers. » Mais Paç adonné depuis à l'auteur de cette histoire une explication plus franche du silence qu'il avait gardé sur ces illustres victimes : « Leur captivité lui semblait l'un des motifs que la confédération pouvait le mieux faire valoir pour entretenir l'indignation et le soulèvement de la noblesse polonaise ; il était vraisemblable que la Russie ne consentirait à rompre leurs fers, qu'en exigeant d'eux la promesse de ne plus se liguer contre elle ; et l'inactivité de ces citoyens révérés deviendrait en Pologne un dangereux et funeste exemple. » L'empereur évita , dans la suite de cet entretien , de prendre aucune sorte d'engagement; mais il témoigna de l'intérêt à la confédération, et dit même qu'uu jour peut-être les circonstances lui permettraient de manifester ouvertement son estime pour les chefs qu'elle s'était donnés.