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XXX. Entreprise sur Varsovie

Weymarn reçut, dans ce même bal, la nouvelle de rapproche des confédérés. Il Ot marcher précipitamment deux cents Russes, qui furent suivis de huit cents autres ; et les régiments des gardes polonaises se tinrent sous les armes dans la ville. Ces régiments restaient dans une morne attente ; et la plupart des gardes, au moindre avantage des confédérés, étaient prêts à prendre parti en leur faveur. Le combat s'engagea si près de Varsovie , que pendant la journée entière on entendit de cette ville le bruit des canons. Mais les confédérés attaqués dans leur marche, et presque surpris au lieu de surprendre, ayant d'abord repoussé avec courage les premières troupes russes, obligés de renouveler le combat à chaque pont, à chaque village , craignirent de s'engager plus avant, et furent dispersés après avoir essuyé une assez grande perte. Les Russes, à leur retour, firent des perquisitions sévères dans la ville ; mais à la première nouvelle qui s'en répandit , une centaine d'hommes dispersés dans les différents quartiers se réunirent en troupes, se jetèrent dans la campagne et échappèrent à toutes les poursuites.

Cette audacieuse entreprise des confédérés, cette preuve des intelligences qu'ils entretenaient dans la capitale, causèrent la plus grande surprise à la tzarine. Elle était tellement persuadée que le parti opposé à ses desseins était entièrement écrasé, que dans l'excès de son étonnement elle crut ne pouvoir imputer cette dernière entreprise qu'au roi lui-même. Elle l'accusa d'avoir voulu faire enlever l'ambassadeur russe dont il ne cessait de se plaindre ; et, tandis que ses timides ménagements le rendaient suspect en Pologne de complicité avec Catherine, à Pétcrsbourg ils le rendaient non

moins suspect de collusion avec les confédérés. Châtiment terrible, mais juste, auquel il s'était nécessairementcondamné du moment que toute sa conduite dévoilait un roi qui ne savait ni se faire estimer, ni se faire craindre.

Ainsi s'était passé en Pologne l'hiver de 1769 à 1770 ; et vers le milieu du printemps tout rentra pendant quelques semaines dans une sorte de calme par l'attente de grands événements qu'allait produire le renouvellement des hostilités entre les deux empires. Une petite guerre s'entretint seulement, avec des succès balancés, dans les montagnes voisines de la Hongrie. Drewitzy attaqua tour à tour les trois camps des confédérés, tantôt rejoints, quelquefois séparés. Un de ces combats dura deux jours ; et quatre cents Autrichiens avaient gravi et s'étaient rangés sur les sommets des montagnes qui forment leur limite pour en être spectateurs. Telle était la situation des affaires en Pologne, jusqu'au moment où les défaites des Turks, l'incendie de leur flotte, et leur fuite au delà du Danube, démontrèrent que la puissance ottomane n'était plus qu'un vain fantôme, et que les confédérés n'avaient plus rien à attendre de pareils alliés. Ils prirent aussitôt la résolution ferme de ne point se laisser abattre par ces revers; ils se dirent avec une sorte de consolation • que les succès des Russes en les approchant des rives du Danube et des lignes de Perekop , et en leur ouvrant désormais une immense carrière et de plus grandes expéditions à tenter, les éloignaient d'autant des rives de la Vistule et du Dniester, et ne permettraient plus à leurs armées de venir hiverner en Pologne. » Le comte Paç, annonçant au conseil ces nouveaux désastres, ajouta : « Leurs succès ne doivent point nous effrayer, ce sont peut être eux qui sauveront la Pologne. Que les Russes deviennent plus formidables, et nous n'avons plus à les craindre. N'est-il pas vraisemblable que leurs pas sont comptés; que tout ce qui nous environne se li-

guera enfin contre eux, que leurs alliés les abandonneront, et que les nôtres jusqu'à présent si indéterminés, sentiront la pressante nécessité de nous accorder des secours plus réels? »

Paç voulait se flatter que la politique des autres puissances s'opposerait à ce que la Russie devînt entièrement puissance européenne. Dans ce sens, les succès des Russes contre l'empire ottoman pouvaient en effet la conduire à être puissance asiatique, et comme telle, beaucoup moins curieuse de se mêler des affaires de la Pologne, au moins tant que la république n'éprouverait point de désastres marquants. Mais le projet de devenir grande puissance asiatique n'était qu'en second dans la tête de Catherine ; elle voulait, avant tout, se constituer puissance européenne (1).

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