XXIX. État dans lequel se trouvait alors Varsovie
Varsovie se livrait alors aux divertissements du carnaval ; grâce à l'incroyable frivolité de cette cour, les rejouissances de la saison n'y étaient point interrompues par la désolation universelle du pays. En vain des partis des confédérés rôdaient perpétuellement dans tous les bois du voisinage, pour recevoir les déserteurs, les recrues, les sommes d'argent qu'on leur faisait passer ; en vain un de ces partis se montrait sur une route pour attirer les Russes de ce côté, et favoriser des manœuvres sur la route opposée ; en vain il se formait des complots soit pour déserter en troupes, soit pour enlever quelque artillerie; en vain, parmi ceux mêmes qui semblaient demeurer comme daus un refuge sous la
protection des Russes, deux factions rivales, celle des ministres et celle du primat, conservaient Tune contre l'autre une implacable haine ; au milieu de ces dissensions, au milieu de ces perpétuelles alarmes, on se croyait toujours près d'une pacification: chacun, au sein de ces orages, croyait entrevoir l'objet de ses espérances, chacun se ménageait avec les deux partis. On félicitait les Russes de leurs victoires , on prenait part à leurs fêtes et on entretenait de sourdes intelligences avec les confédérés. On se faisait honneur de dresser des plans de pacification qui ne leur étaient pas contraires. Tous se flattaient, quel que fût l'événement, de se dérober à la vengeance des vainqueurs. Le roi, toujours occupé d'habitudes galantes ou de misérables intrigues politiques, prenait part aux divertissements publics. Jaloux de conserver sa couronne, mais comptant pour rien tout ce qui ne tendait pas directement à l'en priver, il couvrait sa honteuse inertie du nom de neutralité ; comme s'il lui était permis d'être neutre, après que son élection même avait été le premier signal de l'oppression de la Pologne !
Cependant, au milieu d'un bal, dans la nuit du 1 1 au 12 février, on avait semé des billets contre tous ceux qui se livreraient à ces amusements durant les malheurs publics ; et cette nuit-là même, soit par une secrète intelligence avec les confédérés, soit par un zèle spontané de quelques-uns de leurs secrets partisans, tous les bateaux qui servaient dans cette ville à la communication des deux bords de la Vistule furent retirés à quelques lieues de là ; de sorte que, tout ce qu'il y avait de Russes sur le bord septentrional, se trouva retenu de ce côté, et ne put prendre aucune part au comba* dont nous allons parler.