‹ Révolutions de PologneChapitre 183 sur 282 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

six mille ducats par mois ; et cette modique somme, qui répondait moins à l'ancienne munificence du gouvernement français, qu'elle n'était proportionnée à ses embarras actuels, suffit au zèle de ces républicains. M. Durand, résident français à Vienne, fut d'abord chargé de faire parvenir ces sommes àÉpériès. Dans la, suite, le conseilles reçut immédiatement de M. Dumouriez, agent secret, envoyé en Pologne par le duc de Choiseul. Dumouriez partit de Paris au mois de juillet 1770 ; il vit à Munich le prince Charles de Saxe, qu'Auguste III avait nommé duc de Kourlande, et que la Russie avait dépossédé pour réintégrer la famille Biren ; il lui promit de faire reconnaître ses droits par la confédération , qui le sommerait de fournir , eu qualité de duc de Rourlande, le contingent dii par ce duché à la république, en cas de guerre ; et le prince prit l'engagement d'envoyer, sous ce nom de contingent de Kourlande, six mille Saxons qui seraient levés et entretenus aux frais de la France. Après avoir été retenu quelques jours à Vienne par Durand, Dumouriez se rendit au mois d'août à Épériès, et ne tarda point à faire envoyer deux confédérés à Vienne , et un autre près le prince Charles de Saxe. Ce prince se disposait à tenir sa parole ; mais la cour d'Autriche, tout en promettant à la confédération hospitalité et bienveillance, déclara ne pouvoir reconnaître aucun agent venant de sa part. L'un des premiers soins de Dumouriez fut de convaincre le conseil de la nécessité d'un plan général, sans lequel pourtant on avait résisté jusqu'alors à près de vingt mille Russes. Il s'appliqua surtout à éteindre les germes de mésintelligence qui avaient commencé d'éclore entre les confédérés ; et il employa utilement, pour cette conciliation, les passions et les intrigues de la comtesse Mniszech , fille du comte Brulh, épouse d'un sénateur polonais, et mortelle ennemie du roi Poniatowski. Actif et fidèle, dans ce début de sa mission, Dumou-

riez eut d'abord des succès d'autant plus rapides, qu'il obtint du duc de Choiseul, jusqu'à la fia de 1770, c'est-à-dire jusqu'à la disgrâce de ce ministre , presque tout ce qu'il demanda ; crédit, argent, pouvoirs, ingénieurs et officiers français. Il adressait à Durand et au duc de Choiseul des états forts détaillés des forces militaires de la confédération polonaise; mais ces relations sont si diverses, qu'aucune peutêtre ne mérite une entière confiance. L'une élève le nombre des Polonais armés et de leurs auxiliaires à seize mille hommes, distribués en six corps principaux, et trois petits corps errants. Une autre, qui se rapporte à la même époque, réduit le tout à huit mille hommes; savoir, quelques troupes irrégulières en Mazovie et en Lithuanie, et quatre grands corps seulement ; le premier de quinze cents hommes, sous Wale wski et Belair ; le second de mille, sous le Kosak Sawa ; et les deux autres, plus considérables, commandés par Zaremba et par Kasimir Pulaski.

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