XXXVI. Marches de Pulashi et de Zaremba sur Posen
On ne doutait pas que les Russes ne se hâtassent d'enlever à leurs ennemis cette importante forteresse. Pulaski, résolu de s'y maintenir, voulut gagner du temps pour la mettre en état de défense. Zaremba le détournait de s'enfermer entre des murailles et de s'exposer à un siège sans la certitude d'être secouru. Pulaski lui , répondit : « J'ai cette certitude puisque vous êtes des nôtres » . Tous deux concertèrent alors une marche sur Posen (Poznan), capitale de la grande Pologne , publiant exprès le dessein de s'emparer de cette ville. Ils y marchèrent assez en force pour ne point craindre l'ennemi, s'il venait à eux, et pour lui faire craindre au contraire la perte de la garnison de Posen s'il ne volait à son secours.
On était conveuu que Zaremba tiendrait en échec six cents Russes cantonnés dans un village voisin, tandis que Pulaski attaquerait la ville. Drewitz accourut; et aussitôt Zaremba, satisfait d'avoir attiré Drewitz dans cette province, et s'attachant uniquement au plan concerté, fit rapidement sa retraite, et envoya avertir Pulaski. Celui-ci, plus entreprenant croyait voir la possibilité d'emporter la ville de Posen; et cette occurence peut nous aider à discerner le caractère de ces deux chefs servant ensemble la patrie avec une émulation voisine de la jalousie, et une égale réputation acquise par des qualités différentes : Zaremba exécutant avec une exactitude rigoureuse ce qui avait été projeté, ne se laissant jamais emporter à ce que l'occasion favorable offrait quelquefois de plus avantageux , Pulaski plus bouillant, voulant épuiser ses succès, se hasardant au delà du terme convenu, forcé quelquefois de se tirer seul du péril où il s'était en-
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gagé seul, mais l'un et l'autre, malgré les plaintes mutuelles qui résultaient souvent de conduites si diverses, ne songeant dans cette perpétuelle rivalité qu'à mieux servir la patrie, et jusqu'au dernier moment fidèles à se concerter et à s'entraider, émulation qui s'était communiquée aux troupes, que l'un et l'autre commandaient. Pulaski, forcé de se retirer de devant Posen, trouva à son retour à Czenstochowa tous ses ordres exécutés, et sa forteresse munie pour un long siège. Les Russes annoncèrent le dessein de détruire ce monastère, de l'écraser sous les bombes, si Pulaski refusait de l'évacuer. Mais il leur fallut attendre une artillerie de. siège dont ils étaient dépourvus. Il leur fallut du temps pour faire filer de nouveaux détachements, à la place de ceux qui allaient se réunir pour former une armée. Pendant ces préparatifs, tout ce qu'il y avait de sénateurs à Varsovie s'assembla sur une invitation du primat, sollicita le roi de se joindre à eux, et envoya au nom du roi et de la république une députation à l'ambassadeur et au général russe, pour les prier d'épargner le sanctuaire de la nation. Ceuxci, n'osant rien prendre sur eux-mêmes, demandèrent les ordres de la tzarine. Tous ces délais donnèrent le temps à Pulaski d'ajouter de nouvelles fortifications, de réparer les anciennes , de recevoir dç Varsovie même un convoi de poudre et de plomb. Le conseil-général, pour ne négliger aucune précaution, avait voulu faire transporter le riche trésor de cette abbaye hors des frontières du royaume. Pulaski s'y opposa avec une généreuse confiance ; il eût craint de faire crier dans toute la Pologne à la profanation, s'il eût touché à des richesses regardées comme sacrées ; il eût craint, en les déposant ailleurs , de montrer une inquiétude qu'il n'avait pas, et dont l'apparence eût peut-être affaibli la fermeté de sa garnison et le zèle de ceux qui songeaient, à la secourir. Il garda près de huit cents hommes ; et avant
de s enfermer avec eux , il fit partir uu fort détachement de cavalerie avec un jeune homme qui paraissait être son prisonnier, mais qut en îéalité avait ordre de conduire ce' détachement en Lithuanie pour faire de nouveau soulever cette province, et par cette diversion y attirer les Russes.