XXXV. Pulaski s'en empare
Les religieux avaient une petite garnison, suffisante pour défendre contre un coup de main un lieu défendu par la nature. Leur intention était de se maintenir seuls maîtres de leur forteresse , et de profiter de leur position pour rester indépendants et des Russes et des confédérés. Ils députèrent à Pulaski, pour lui faire part de leurs craintes. Il répondit que les Russes ayant assiégé leur monastère, il n'était venu cjue pour les protéger, et ne restait laque pour tenir les ennemis éloignés. Ses troupes observèrent une exacte discipline ; quelques officiers entrèrent à l'église et revinrent au camp, sans montrer une indiscrète curiosité ; les moines reprirent de la sécurité. Après quelques jours, il y envoya trois soldats d'élite, sous prétexte de prier dans l'église, avec des armes cachées ; puis un officier et deux soldats également choisis, sous prétexte de voir ïe monastère. Enfin Pulaski lui-même feignit d'être près de partir, et de désirer un entretien avec le supérieur. Il vint avec deux hommes. Les six autres , au moment où il entra, s'avancèrent respectueusement vers lui, comme pour rendre honneur à leur général ; mais aussitôt trois d'entre eux se jetèrent à un bout du pontlevis , trois à l'autre bout ; et les trois derniers, les armes à la main, firent face à la garnison qui s'assembla en hâte , menaçaut de faire feu sur les neuf confédérés. Les troupes de Pulaski se tenaient prêtes ; elles accoururent : elles entrèrent en foule et repoussèrent aisément cette garnison intimidée par le voisinage d'un camp et par la pré-
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sence d'un chef si célèbre. Le hasard voulut que le nonce du pape, Durini, attiré par la curiosité, fût alors dans ce monastère ; il s'y était rendu les jours précédents à l'occasion d'une fête de la Vierge qu'on solennise dans ce mois. Il était venu officier dans cette église, pour satisfaire à la piété des fidèles et à son propre désir de voir un si fameux pèlerinage. L'accueil pleiu de bienveillance et de faveur qu'il fit aux troupes confédérées , et les secrets entretiens qu'il eut avec leur chef continrent le premier mécontentement des religieux. Pulaski, au départ de ce prélat, ayant fait prendre les armes à ses troupes , le pria de les bénir. Cette cérémonie fit une impression vive sur les soldats; et cette nouvelle répandue en Pologne n'en fit pas une moindre sur tous les esprits. Les religieux, au nombre d'une centaine , d'abord très-irrités de voir leur forteresse occupée par d'autres troupes que les leurs, voyant qu'on ne touchait point au trésor de leur église et qu'il restait sous le scellé et sous leur propre garde, s'apaisèrent. Pulaski n'était resté que trois jours devant Czenstochowa , et s'en empara le quatrième. Le nonce demeura en commerce de lettres avec Pulaski ; le roi en eut connaissance et voulut écrire à Rome pour demander son rappel. Les confédérés en furent instruits, interceptèrent les lettres et retardèrent de plus de deux mois l'arrivée de la demande du roi. Mais ce prince ayant fait passer des lettres par une autre voie , le nonce fut rappelé. Il est étonnant que la cour de Rome, si habituée à trouver des moyens dilatoires pour éviter ce qu'elle ne veut pas faire , ait consenti aussi aisément à rappeler un nonce qui pouvait être utile à un parti dont elle devait prendre les intérêts, puisqu'ils étaient ceux de l'église romaine.