‹ Révolutions de PologneChapitre 201 sur 282 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

f. V Angleterre ni la France ne peuvent se faire déférer la

médiation.

En vain la France et l'Angleterre cherchaient, à Penvi Tune de Fautre, tous les moyens de se faire déférer la future médiation. Toutes deux étaient également jalouses de cet honneur, qu'elles avaient déjà eu alternativement dans les précédentes guerres entre les deux empires ; l'une au traité de Karlowitz en 1 699 , et l'autre à la paix de Belgrade en 1739. Mais Catherine II était loin de se voir réduite à attendre la paix des négociations de la France; c'eût été à ses veux le comble de l'humiliation. Tout ce qu'elle avait éprouvé de contrariétés, soit dans les passions de sa jeunesse, soit dans les desseins de son gouvernement, elle l'avait toujours attribué à la seule auimosité de cette cour; et désormais, enorgueillie de ses victoires, elle ne dissimulait plus ses ressentiments. Quant aux Anglais, elle s était ménagé leur entremise comme une dernière ressource; elle avait pris avec eux l'engagement secret de leur confier ses intérêts, si elle avait besoin d'un médiateur. Mais leur précipitation à rappeler de la flotte russe tous les marins , aussitôt après l'incendie de la flotte ottomane , avait rendu presque inutile cette fameuse victoire. Le ressentiment de la tzarine l'emportait sur la reconnaissance ; et de leur coté, Hs commen-

çaient à perdre par leurs divisions intestines, par l'énormité de leur dette, par le mauvais choix de leurs ambassadeurs, par l'abandon qu'ils avaient fait de leurs anciennes alliances sur le continent, cette grande considération et cette puissance que leurs victoires et leurs conquêtes leur avaient acquises, peu d'années auparavant. Le roi de Prusse, dont l'œil pénétrant et sûr n'était point ébloui de leurs derniers succès, et qui apercevait au travers de toute leur gloire cette rapide décadence, ne cessait d'en avertir Catherine. C'était pour lui-même un nouveau motif de resserrer les liaisons qu'il avait avec elle. Il lui conseillait de ne plus fonder aucune espérance sur une nation dont l'éclat était près de s'éclipser, et qui déjà n'était plus ce qu'elle paraissait encore. Tristes effets de l'éternelle rivalité de la France et de l'Angleterre! Elles perdaient alors la prépondérance qu'elles avaient eue jusque-là dans les affaires générales du continent, et pour ainsi dire les affaires générales des deux mondes ; elles allaient se trouver également exclues de cette importante pacification, et tout l'orient de l'Europe était près de changer de face à leur insu, et d'une manière contraire à tous leurs intérêts.

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